Francis Bergeron – Histoire – Avril 2021 

Au grand plaisir des cinéphiles, les salles de cinéma sont désormais ouvertes. Comme mentionné dans ma précédente chronique Petite histoire du cinéma trifluvien, le cinéma muet s’intègre à l’espace culturel trifluvien de 1896 à 1929. Or, une publicité du Nouvelliste nous informe du « premier film sonore aux Trois-Rivières : Voyez-le ! Entendez-le ! » C’est l’annonce de la projection du film Submarine, réalisé par Frank Capra, le 26 avril 1929 à L’Impérial[1]. Dès lors, des règles fondamentales seront à respecter dans les salles de cinéma.

Erna Sack au Capitole, mars 1948, Appartenance Mauricie, fonds Le Nouvelliste

Alors, comment pensez-vous que le public se comportait au temps du cinéma muet ? Il était turbulent et bruyant! Selon l’historien Mario Bergeron, un spectateur qui avait la vue faible et était assis loin de l’écran devait demander à son voisin de lui répéter les intertitres. Imaginez regarder un film où l’on entend constamment des murmures. Je pense que plusieurs quitteraient la salle avant même la fin du film. Sans compter les personnes « qui ne se privaient pas d’éclater de rire, qui criaient lors d’une scène qui appelait à l’émotion ou tout simplement pour dire leur façon de penser au personnage méchant du film ». Cette atmosphère créait un immense brouhaha. Heureusement, l’arrivée des films parlants changera l’attitude des spectateurs. Les « Chut! et les Silence! feront désormais leur entrée en scène »[2].

Une nouvelle ère débute

Dès les années 1930, un quatuor de salles trifluviennes s’impose dans les représentations cinématographiques : L’Impérial, le Gaieté-Rialto, le Capitol et le Cinéma de Paris[3]. Hormis le Cinéma de Paris, les salles vont présenter majoritairement des films anglo-saxons distribués par la Famous Players Canadian Corporation, filiale de la Famous américaine, qui fait l’acquisition de plusieurs salles de cinéma québécois, dont celles qui appartenaient à la chaîne montréalaise United-Amusement Corporation[4].

Le monopole de la Famous

En 1936, la Famous possède 277 salles de cinéma au Canada. Ainsi, elle « sera jusqu’en 1985 la plus importante chaîne canadienne présente dans toutes les grandes villes du Québec comme dans tout le Canada »[5]. Trois-Rivières n’y fait pas exception. Le monopole de la Famous permet donc de distribuer au public trifluvien des films anglo-saxons de toutes sortes. Seul le Cinéma de Paris n’y est pas associé, puisqu’il fait partie du réseau de la société montréalaise France-Film qui diffuse des films français.

Pour sa part, L’Impérial n’est pas totalement indépendant, car « il s’associe à la Famous pour différentes périodes ». Malgré cela, L’Impérial est libre de présenter des films français durant les années 1930. Cette indépendance permet d’avoir plus de liberté dans le choix des films, de prendre davantage d’initiatives et de risques[6]. Cela dit, L’Impérial « est la première à présenter de façon régulière des films français […] et des films anglo-saxons doublés en français ». L’Impérial s’implique également dans le milieu trifluvien par la présentation de parades de mode locales, d’émissions de radios et des spectacles amateurs[7]. Toutefois, le monopole de la Famous est très visible dans les autres salles trifluviennes[8].

En effet, le Gaieté-Rialto présente les films que la Famous n’oserait pas présenter dans les grandes salles. Au cours de son existence, elle a la réputation de diffuser des films de série B, des films à épisodes (serial), des westerns, ainsi que les films d’horreur de l’Universal[9]. Alors que le Capitol est la salle de prestige et la plus anglophone de la ville, la Famous lui réserve donc les plus populaires films d’Hollywood. C’est le 26 avril 1940 qu’a lieu la grande première d’Autant en emporte le vent pour la somme de 75 cents. Ce classique sera d’ailleurs présenté à seize occasions, alors qu’avant 1950, il est rarissime qu’un film tienne l’affiche plus d’une semaine[10].

Après la Seconde Guerre mondiale, « on introduit plus régulièrement des films anglo-saxons doublés en français »[11]. Ainsi, on voit apparaître « un grand nombre de petits distributeurs important des films français », comme les compagnies Paris Canada Films Ltée, Sélect Film Inc., Trans-Canada Film Distribution, etc. Ce sont donc ces petites compagnies « qui vont alimenter de films français les autres salles du Trois-Rivières métropolitain au cours des années 1950 », et ce, au plus grand plaisir de la population francophone de Trois-Rivières [12].

[1] Publicité de L’Impérial, Le Nouvelliste, no 148, 9ième année, 26 avril 1929, p. 5.

[2]Jean Roy, Lucia Ferretti et Al., Nouvelles pages Trifluviennes, Québec, Septentrion, 2009, p. 302 ; Voir aussi Pierre Pageau, Les salles de cinéma au Québec 1896-2008, Québec, Les Éditions GID, 2009, 414 p.

[3] Jean Roy, Lucia Ferretti et Al., Nouvelles pages trifluviennes, Québec, Septentrion, 2009, p. 302 ; Le Gaieté deviendra le Rialto en 1931. Le Cinéma de Paris était auparavant le Palace, propriété des frères Simon et Alexandre Barakett.

[4] Images Montréal, United Amusement Corporation, [En ligne] https://imtl.org/bio/United_Amusement_Corporation.php (page consultée le 22 mars 2021) ; L’United-Amusement Corporation est fondée en 1908 par George Nicholas Ganetakos.

[5] Yves Lever, Histoire général du cinéma au Québec, Québec, Les Éditions du Boréal, 1995, p. 42.

[6] Mario Bergeron, Société québécoise, salle de cinéma au Québec et à Trois-Rivières : quatre aspects, Mémoire, Trois-Rivières, Université du Québec à Trois-Rivières, 1999, p. 83.

[7] Mario Bergeron, Société québécoise, salle de cinéma au Québec et à Trois-Rivières : quatre aspects, Mémoire, Trois-Rivières, Université du Québec à Trois-Rivières, 1999, p. 84.

[8] Mario Bergeron, Société québécoise, salle de cinéma au Québec et à Trois-Rivières : quatre aspects, Mémoire, Trois-Rivières, Université du Québec à Trois-Rivières, 1999, p. 123.

[9] Jean Roy, Lucia Ferretti et Al., Nouvelles pages trifluviennes, Québec, Septentrion, 2009, p. 307.

[10] Jean Roy, Lucia Ferretti et Al., Nouvelles pages trifluviennes, Québec, Septentrion, 2009, p. 307-308.

[11] Mario Bergeron, Société québécoise, salle de cinéma au Québec et à Trois-Rivières : quatre aspects, Mémoire, Trois-Rivières, Université du Québec à Trois-Rivières, 1999, p. 123.

[12] Mario Bergeron, Société québécoise, salle de cinéma au Québec et à Trois-Rivières : quatre aspects, Mémoire, Trois-Rivières, Université du Québec à Trois-Rivières, 1999, p. 160.

Sources

BERGERON, Mario, Société québécoise, salle de cinéma au Québec et à Trois-Rivières : quatre aspects, Mémoire, Trois-Rivières, Université du Québec à Trois-Rivières, 1999, 275 p.

HARDY, René, SEGUIN, Normand et al. Histoire de la Mauricie, Institut québécois de recherche sur la culture, Québec, 2004, 1136 p.

LEVER, Yves, Histoire générale du cinéma au Québec, Québec, Les Éditions du Boréal, 1995, 632 p.

LINTEAU Paul-André, DUROCHER René et Jean-Claude ROBERT, Histoire du Québec contemporain : De la Confédération à la crise (1867-1929) tome 1, Montréal, Les Éditions du Boréal, 1989, 758 p.

Images Montréal, United Amusement Corporation, [En ligne] https://imtl.org/bio/United_Amusement_Corporation.php (page consultée le 22 mars 2021).

Pageau, Pierre, Les salles de cinéma au Québec 1896-2008, Québec, Les Éditions GID, 2009, 414 p.

Publicité de L’Impérial, Le Nouvelliste, no 148, 9ième année, 26 avril 1929, p. 5.

ROY, Jean, FERRETTI, Lucia et al., Nouvelles pages trifluviennes, Québec, Septentrion, 2009, 339 p.

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