Julie Verreault, avril 2016

« Les cuisines collectives, c’est le plus beau projet que le Québec ait porté » affirme sans ambages Diane Barrette, coordonnatrice des cuisines collectives de Francheville. S’inscrivant dans une démarche visant l’atteinte de l’autonomie alimentaire, les cuisines collectives représentent sans contredit une des pistes de solution les plus innovantes et les plus porteuses en matière de sécurité alimentaire.  

Cuisines collectives
Pauline Fillion-Bussières, Marthe Laflamme, Marie-Claude Landry, Rock Kiolet, Dann Muray lors d’une rencontre des cuisines collectives de Francheville

Élaboré à Montréal dans les années 1980, le concept de cuisine collective s’est graduellement répandu d’un quartier puis d’une région à l’autre, au point de donner lieu en 1991 à la création d’un réseau québécois dont Lucie Massicotte, directrice des cuisines collectives de Francheville, a été la première présidente. Le Regroupement des cuisines collectives du Québec fête donc cette année son vingt-cinquième anniversaire.

Le principe est simple. De quatre à six personnes se rencontrent pour cuisiner ensemble jusqu’à cinq plats différents dont chacune repart avec plusieurs portions. En moyenne, chaque participant ramène de 16 à 20 portions à la maison. Le groupe se réunit deux fois par mois : une première fois pour dresser un menu en fonction des spéciaux offerts par les grandes chaînes d’alimentation et une autre pour cuisiner. La contribution est de cinq à vingt dollars par personne, ce qui représente entre un dollar et un dollar vingt-cinq par portion. L’organisme qui chapeaute l’initiative fournit certains ingrédients de base, mais ce sont les usagers qui doivent acheter la nourriture. Selon Diane Barrette, intervenante titulaire d’un diplôme en travail social, il est très important de respecter ce principe pour favoriser l’autonomisation des participants. Comme elle le dit si bien, « les cuisines collectives, c’est plus que de la cuisine ». Reconnu comme un milieu de vie par le CIUSSS, l’organisme offre du soutien et de l’éducation populaire à une clientèle majoritairement en situation de précarité financière et sociale.

La flambée des prix des aliments des dernières années a forcé les femmes, qui représentent près de 80 % des membres des groupes, à trouver des alternatives. « Elles ont ainsi découvert que les lentilles rouges allaient très bien dans la sauce spaghetti et apportaient une source intéressante et économique de protéines » donne comme exemple Diane Barrette. « Manger est un besoin essentiel et constitue la seule dépense variable du budget pour les familles à faible revenu. Dès qu’un imprévu survient, comme l’achat d’un médicament, c’est le budget pour la nourriture qui est réduit » poursuit-elle. En se regroupant, les femmes ont un meilleur pouvoir d’achat et peuvent trouver des solutions intéressantes pour cuisiner à faible coût des recettes nutritives.

Au cours des derniers mois, l’organisme a reçu de très nombreuses demandes et ses locaux, situés dans la maison de la solidarité de Trois-Rivières, sont utilisés à pleine capacité. Plus de 150 personnes y cuisinent chaque mois au sein de groupes formés selon les intérêts. Ce sont autant de familles qui bénéficient des retombées de ce service. Malheureusement, les mesures d’austérité du gouvernement Couillard font mal et diminuent la capacité de l’organisme de répondre aux besoins en le forçant à réduire le nombre d’heures de travail de deux de ses trois employées.

Les cuisines collectives sont portées par le dynamisme et l’expertise des femmes qui en sont à la fois les usagères et les membres du conseil d’administration. Souhaitons-leur au moins 25 autres années de succès, car leurs services sont essentiels tant pour assurer la sécurité alimentaire que la dignité des personnes en situation de pauvreté.

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