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Alex Dorval – Septembre 2020 – Dossier: Relance ou renouveau ?

Lorsqu’on regarde le comité d’experts et de leaders économiques qui a été mis sur pied à Trois-Rivières au début de la crise, il est difficile de ne pas constater qu’un joueur manque cruellement autour de la table : le Pôle d’économie sociale Mauricie brille par son absence. Est-ce une question de vision idéologique ou serait-ce un simple oubli ? Il demeure qu’au niveau provincial, le comité de relance du G15+ a saisi pour sa part l’importance d’impliquer le Chantier de l’économie sociale dans sa démarche, plus vaste, de relance solidaire de l’économie québécoise.

Les bottines de la relance suivront-elles les babines des comités d’experts québécois.es qui se sont prononcés sur la question ? Les 15 leaders économiques du Québec siégeant au G15+ ont déposé en marge de la rentrée parlementaire leur mémoire, jetant la lumière sur les pistes à suivre en vue d’une relance solidaire, prospère et verte. Pendant ce temps, à la CAQ, on planche sur la présentation imminente d’une deuxième mouture d’un projet de loi omnibus visant – au nom de la relance – à faire tomber des barrières réglementaires, notamment en matière de délais d’expropriation et d’études environnementales. « Est-ce une contradiction ? C’est du moins une confirmation de la nécessité de déposer ce mémoire. », fait valoir Béatrice Alain, directrice générale du Chantier de l’économie sociale.

Vers un consensus vert

On se serait attendu qu’un comité étant composé de groupes aux intérêts normalement divergents ait de la difficulté à s’entendre sur les chantiers de société à privilégier pour assurer une relance à la hauteur des ambitions de chacun. Mme Alain soutient qu’il fut plutôt facile de s’entendre, notamment sur la nécessité d’une transition verte. Parmi les organismes représentés au G15+ figuraient entre autres, le Conseil du patronat, la Fédération des travailleuses et travailleurs du Québec (FTQ), Équiterre, le Chantier de l’économie sociale et autres acteurs œuvrant dans les milieux communautaire, économique et environnemental.

Mme Alain précise par ailleurs que « le but du G15+ est moins d’opérationnaliser les mesures qui se trouvent dans le mémoire, mais plutôt d’avoir une voix unie pour dire aux gouvernements qu’on s’entend sur nos ambitions. »

Le rôle de l’entreprise collective

Concrètement, on peut lire dans le mémoire du G15+ qu’on souhaite voir le gouvernement « renforcer la contribution des entreprises d’économie sociale à la relance, notamment en bonifiant l’appui aux infrastructures sociales (bâtiments d’OBNL, etc.), en facilitant le développement de nouveaux projets collectifs et en favorisant l’innovation et la formation chez les entreprises d’économie sociale ».

On y suggère également que l’appui à l’achat local se concrétise et qu’il y ait adoption de « politiques d’approvisionnement local des acheteurs publics (État et municipalités) » auprès des entreprises d’économie sociale.

Les bottines de la relance économique suivront-elles les babines des comités d’experts québécois.es qui se sont prononcés sur la question ? – Crédits photo: Dominic Bérubé

Ces deux pistes d’action ne touchent qu’à l’aspect économique de la relance. La directrice du Chantier ajoute que les entreprises collectives ont en plus le potentiel de répondre à des besoins et enjeux qui dépassent le cadre purement économique. « Le gouvernement du Québec doit sortir un plan d’action qui prend en compte le rôle des entreprises collectives en réponse aux enjeux de société, notamment dans le secteur des soins à domicile, du logement social et du numérique », avance-t-elle.

Son message trouve écho dans la voix de son prédécesseur à la direction du Chantier et ex-député, Jean-Martin Aussant, qui affirmait récemment dans L’Actualité qu’il serait « grand temps d’inclure automatiquement et explicitement l’entrepreneuriat collectif dans tous les grands forums de concertation économique, de le reconnaître à sa juste valeur. »

Du côté de Trois-Rivières

Lorsqu’on regarde le comité d’experts et de leaders économiques qui a été mis sur pied à Trois-Rivières au début de la crise, il est difficile de ne pas constater qu’un joueur manque cruellement autour de la table : le Pôle d’économie sociale Mauricie brille par son absence. Est-ce une question de vision idéologique ou serait-ce un simple oubli ?

« Même si on tient un discours où on dit croire à l’économie sociale, ça reste qu’on n’a pas développé le réflexe d’inclure le modèle collectif au même titre que le manufacturier, que les technologies vertes, etc. », indique Lynn O’Cain, directrice au Pôle d’économie sociale Mauricie. Après avoir contacté le maire Jean Lamarche, le Pôle aura finalement été intégré au groupe de travail Commerces de proximité et économie sociale, présidé par Johanne Hinse, vice-présidente Programmation et Relations avec la communauté chez Cogeco Connexion.

« Ça fait du sens qu’on soit là, mais on est aussi dans d’autres secteurs, comme en culture ou en santé. On se retrouve entre autres sur la question de la promotion de l’achat local, mais l’économie sociale c’est tellement plus large que ça », fait valoir Mme O’Cain.

Dans les 18 actions pour relancer l’économie annoncées au début septembre par Innovation et Développement Économique Trois-Rivières (IDETR), l’économie sociale ne fait d’ailleurs l’objet d’aucune mesure spécifique.

« Pour l’économie sociale, on n’est pas allé très loin dans ce qui est proposé par IDETR. Tout ce qui était proposé ce sont des prêts. Pour les entreprises d’économie sociale qui ne cherchent pas une finalité de profitabilité, mais plutôt la réponse à un besoin social, ça ne fait pas de sens. Il faut des mesures spécifiques à leurs réalités », souligne Mme O’Cain.

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