Par Luc Drapeau, avril 2017

Le 15 avril prochain, la formation mauricienne Bears of Legend sera au cabaret de l’amphithéâtre Cogeco au plaisir de ses admirateurs pour conclure la tournée de son album The Ghostwritten Chronicles amorcée deux ans plus tôt à la salle J. Antonio Thompson.

D’entrée de jeu, je dois plaider mon ignorance :  j’ai appris tout récemment que Bears of Legend venaient de la Mauricie. Je les connaissais un peu parce qu’ayant de l’intérêt pour des groupes de folk progressif tels que Beirut et the Decemberist, je tombais parfois sur des pièces des Bears lors de recherches apparentées, un groupe qui ne souffrait à mon humble avis d’aucun complexe par rapport à ceux-ci. C’est lorsque j’ai acheté leur dernier album que j’ai fait le déclic en tombant sur la chanson Encore écrite dans la langue de Molière que j’entendais pour la première fois. Jusqu’alors, j’étais plus accoutumé avec les magnifiques When I Saved You From The Sea, The Arkansas River et Challenge Me qui me rappelaient les meilleurs jours de Sting.

Au-delà du fait que l’offre musicale est plus nombreuse en anglais, et qu’il nous arrive de nous y perdre à chercher un arbre dans la forêt, de ne plus en différencier les particularismes, régionalismes au profit de thèmes plus universels, on oublie parfois que ces impressions d’ailleurs qui nous font voyager peuvent provenir d’ici.

J’ai eu le plaisir de m’entretenir avec David Lavergne, chanteur et porte-parole du groupe, qui m’a donné généreusement de son temps pour nous entretenir de ses Bears : un animal musical qui, même s’il migre de plus en plus vers de nouvelles contrées, est bel et bien de son environnement.

Le succès continue pour la formation mauricienne Bears of Legend.

Tournée européenne et un troisième album

Les Bears entameront, au cours des prochains mois, une tournée dans l’est du Canada, principalement dans les provinces maritimes. S’enchaîneront à celle-ci des dates en France, en Belgique, en Suisse et en Allemagne où ils commencent à recevoir un stimulant retour de son. Un site allemand les a nommés numéro un de la critique en 2016 et la version locale du Rolling Stone magazine leur consacrera aussi un article. « Il y a toujours un genre de hasard quand tu sors un album. Tu tombes dans les grâces d’un blogue, d’un pays, sur un ensemble de personnes qui “tripent” sur ce genre de musique. Le côté fraternel et accueillant qu’on croyait propre au Québec s’est transposé dans les pays d’Europe que nous avons visités jusqu’à maintenant. Le grand public en Allemagne, lui, ne nous connait pas encore. On va aller à sa rencontre ».

C’est au lendemain de leur tournée québécoise que Bears of Legend commencera à penser à un troisième album qu’il prévoit sortir pour 2018-19. Entre leur premier album, Good Morning Motherland et le présent album, les tournées se sont chevauchées dans l’intervalle d’un mois. « Aussitôt revenus, aussitôt repartis. Ce sera une tout autre histoire pour celui-ci, m’avoue David, car on n’a pas eu le temps de s’arrêter véritablement et de s’inspirer pour élaborer de nouveaux thèmes ».

Après un premier album inspiré de thèmes liés à la nature, un deuxième plus axé sur des thèmes marins, David me dit ne pas être très inquiet de rencontrer les attentes de son public : « Je pense qu’au-delà de la musique qu’on fait, c’est notre personnalité qui transparaît dans nos chansons qui va charmer le public. On croise les doigts, mais je suis persuadé qu’on va avoir une belle réception. Si le deuxième a passé, le troisième passera, foi de Francis mon batteur, ajoute David ».

La relation avec le public et le déclic

De leurs concerts à domicile devant public réduit qui ont marqué le début de leur carrière à cette prestation spontanée qu’ils ont servie dans un café Morgane dans une formule du type « concert à emporter », les Bears ont su bâtir une relation très intime et authentique avec leur public. La vitesse à laquelle les billets pour ce concert du 15 avril se sont envolés en est un autre exemple.

C’est néanmoins lors d’une vitrine à la bourse Rideau (rassemblement de diffuseurs) en 2014 que tous leurs efforts ont été récompensés (tournées, festivals dont le Festivoix). « On a mis 80 spectacles au calendrier en une journée. Un heureux problème, me confie David, partir en tournée, vendre des albums, mais aussi bouleverser nos emplois du temps d’alors et le rythme de nos vies avec nos familles ».

Parcours alternatif et vie communautaire

Alors qu’il aborde la lourdeur logistique d’une tournée en Europe, tout en me confiant qu’il sera déchirant pour certains Bears de laisser leurs oursons à la tanière pendant celle-ci, David m’entretient du soutien dont il a pu profiter : « Mes parents savaient que j’étais capable d’avoir d’autres projets, d’avoir une sécurité. J’ai terminé une maîtrise en psychoéducation tout en continuant de respecter mes diverses obligations reliées à la musique ».

Ses premiers passages à l’école de la musique dans les fourneaux du punk rock lui ont permis de former le grain de sa voix, d’installer ses thèmes et d’appliquer cette volonté du « do it yourself » qui guident aujourd’hui la vision entrepreneuriale du groupe. « On réalise qu’on a été chanceux, que tout est tombé à point, qu’il n’y a pas de familles qui se sont brisées. On a la chance d’être 100 % indépendants. On est influencés uniquement par nos décisions d’ensemble. La plus grande liberté d’un homme est celle de choisir, me disait mon père. C’est plus facile de faire des choix avec des personnes avec qui tu es en lien directement, je parle ici des sept musiciens du groupe ».

De cette base, formée par le parcours de chacune des individualités des Bears, de cette tanière tissée serrée et ces alentours où les idées se partagent pour donner au final cette musique qui sait rejoindre chaque fois son public, nous ne pouvons que nous réjouir… en attendant le troisième album.

Nous avons discuté moi et David du projet Panache dont il a été le porte-parole. Il me fera plaisir de vous en parler dans un prochain article.

www.bearsoflegend.com/ ou Facebook

Www.blogotheque.net/ plateforme de « concerts à emporter » que je conseille fortement pour suivre des artistes émergents ou des vieux de la vieille plutôt aventureux.

 

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