Alain DumasAlain Dumas, février 2018

Depuis la crise de 2008, les banques centrales ont rendu le crédit accessible en abaissant drastiquement les taux d’intérêt. Si cette politique avait pour but de soutenir la croissance économique, elle a contribué à propulser la dette des ménages à un niveau record. Mais l’endettement personnel n’est-il pas aussi la conséquence d’une économie de plus en plus inégalitaire ?  

Le taux d’endettement des familles canadiennes a doublé depuis une vingtaine d’années: il atteint 171 % du revenu disponible (171$ de dette pour 100$ de revenu net). Pour la première fois dans l’histoire, la dette des ménages dépasse la valeur du PIB. Cette hausse repose sur deux phénomènes. Primo, la frénésie immobilière qui a fait exploser le prix des maisons, et par le fait même le montant des prêts hypothécaires. Deusio, la hausse importante des dettes de consommation courante, qui représentent aujourd’hui près de la moitié du revenu net des ménages.

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Si le faible coût du crédit a eu un effet pervers sur l’endettement, la baisse du pouvoir d’achat en constitue la cause fondamentale. Alors que les salaires réels stagnent, des pans de la population vivotent avec des jobs temporaires ou à temps partiel. L’endettement donne donc l’illusion de maintenir un pouvoir d’achat qui, dans la réalité, ne cesse de s’éroder. Décidément, la crise n’est pas finie pour tout le monde. C’est pourquoi la hausse de la dette des ménages augmente plus rapidement que la hausse de leurs revenus.

Les risques du surendettement

L’endettement accru va de pair avec la hausse des inégalités, comme en témoigne la situation critique des ménages à revenu modeste et moyen. Selon la Banque du Canada, les ménages très endettés (250 % ou plus de leur revenu) ont vu leur dette augmenter de 75 % depuis 2007. Et à l’intérieur de ce groupe, la proportion des ménages fortement endettés (plus de 350 % de leur revenu) a plus que doublé chez la classe moyenne. Cela représente 720 000 ménages détenant une dette de 400 milliards $, soit 21 % de la dette totale des Canadiens.

La cheffe économiste de l’OCDE lançait récemment une mise en garde sur les dangers d’un tel endettement, en soulignant qu’il augmentait les risques économiques et une remontée des inégalités. Ces risques sont d’autant plus grands que la Banque du Canada a déjà doublé son taux d’intérêt en 2017 et que d’autres augmentations sont attendues après la hausse de janvier dernier. Étant donné que la majorité des personnes ont emprunté à un taux variable qui suit le taux de la banque centrale, une hausse du taux d’intérêt d’un point de pourcentage (1%) pourrait entraîner la faillite d’environ 1 million de ménages selon l’agence d’évaluation du crédit TransUnion.

Qui dit faillite, dit appauvrissement, car un nombre accru de ménages perdraient leurs maisons ou verraient la valeur de celles-ci diminuer. Cette perte de richesse serait alors transférée aux plus riches et aux financiers. Ainsi, la grande roue des inégalités irait en s’accélérant, poussée par le cercle vicieux du pouvoir d’achat affaibli, l’endettement accru, les faillites et l’appauvrissement.

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