Daniel Landry – Comité de solidarité/ Trois-Rivières International – juillet 2021

Le 23 juillet 2021 s’ouvriront les Jeux de la XXXIIe olympiade de l’ère moderne, à Tokyo au Japon. Repoussé d’une année en raison de la pandémie de COVID-19, cet événement d’une ampleur démesurée est attendu impatiemment par la planète en entier , comme s’il s’agissait du symbole ultime du « retour à la normale ». Nous pourrons alors célébrer la solidarité internationale, l’esprit de compétition et les performances époustouflantes des athlètes ! Après une année et demie de crise, place au rêve !

S’agit-il bel et bien d’un rêve ? Derrière cette célébration de la performance sportive se cachent bien des zones ombragées. D’abord, celle de l’argent. Selon une estimation du gouvernement japonais, les coûts des Jeux se chiffreraient à plus de 25 milliards de dollars américains. On peut prétendre qu’il s’agit là d’investissements qui, pour le Japon, rapporteront sur le long terme. C’est cependant bien mal connaître l’histoire récente des Jeux olympiques. Les infrastructures sont lourdes et coûteuses à entretenir, ce qui mène souvent à des scénarios comme celui de Rio où, après les Jeux de 2016, on a laissé dépérir une bonne partie des stades et autres installations. C’est sans compter que, vu les sommes impliquées dans l’organisation de Jeux, les scandales de corruption sont récurrents. Si les Jeux rapportent, la richesse ne ruisselle clairement pas vers le bas.

De l’aspect financier à la géopolitique, en passant par la raison d’être de ces Jeux, incarnation suprême de la « religion de compétition » selon le généticien Albert Jacquard, nombreuses sont les zones ombragées dans cette célébration de la performance sportive. – Crédit photo : France Olympique, Flickr.com

Trop d’argent est donc engagé pour qu’on annule ou reporte une seconde fois. Juste à penser aux contrats de milliards de dollars des diffuseurs NBC et Discovery. L’événement aura lieu. Même si 80 % des Japonais sont contre sa tenue. Même si les Jeux doivent se tenir sans touristes étrangers. Même si, surtout, il faut faire preuve d’un déni remarquable, étant donné que la pandémie est bien loin d’être terminée. Des pays et des continents en entier n’ont toujours pratiquement aucun accès à la vaccination et rien ne laisse présager que les choses vont s’améliorer rapidement.

Une autre zone ombragée est certainement celle de la géopolitique. L’auteur Pascal Boniface a démontré comment les Jeux ont toujours servi les intérêts des puissants et établi des confrontations en matière de relations internationales. Que ce soit Hitler en 1936 qui voulait se servir des Jeux de Berlin pour séduire le monde et démontrer le retour en puissance de l’Allemagne nazie. Ou les Soviétiques et les Américains qui se faisaient la Guerre froide par le biais du sport, quitte à boycotter les participations à Moscou (1980) ou à Los Angeles (1984).  Ou, plus récemment, le coup d’éclat du gouvernement Poutine qui a tenu les Jeux d’hiver les plus coûteux de l’histoire, en pleine station balnéaire à Sotchi (2014), quelques jours à peine après avoir envahi la Crimée. Dans ces cas (et bien d’autres), le sport est instrumentalisé à des fins commerciales, politiques et parfois même guerrières.

Enfin, une dernière zone d’ombre qui ne peut être négligée est celle-là même de la raison d’être des Jeux. Dans les dernières années de sa vie, le généticien Albert Jacquard (1925-2013) critiquait les fondements des Olympiques en les décrivant comme l’incarnation suprême de la « religion de compétition ». À ses yeux, le corps humain est instrumentalisé à de strictes fins de performance. Et c’est cette aliénation qui conduit fatalement au dopage (révélé ou non) et à la tromperie.

Ces critiques n’enlèvent rien aux années d’efforts des athlètes pour qui les Jeux représentent le rêve d’une vie. Elles mettent cependant en lumière que les Jeux olympiques ne représentent assurément pas cet idéal humanitaire qu’on voudrait parfois nous faire croire.

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