Jules BergeronJules Bergeron – Économie – juillet 2021

Le Salon de jeux de Trois-Rivières ainsi que les salles de bingo de la région ont pu rouvrir leurs portes le 14 juin dernier suite à l’assouplissement des mesures sanitaires.  Le nombre de personnes autorisées à être admises a été rapidement atteint, preuve que plusieurs avaient hâte de reprendre leur loisir et de socialiser dans le plaisir et la bonne humeur. Sans oublier l’espoir que la chance puisse leur sourire. Voilà tous les éléments gagnants de l’industrie du jeu de hasard. Car il s’agit bien d’une industrie, avec ses travailleurs et travailleuses, sa clientèle, ses statistiques et son chiffre d’affaires… sans oublier ses victimes.

Salon de jeux de Trois-Rivières – Photo : Dominic Bérubé

Au Canada, les jeux de hasard et d’argent (JHA) génèrent quelque 37 000 emplois. Les principaux acteurs – et personne ne s’en étonnera – sont les organismes gouvernementaux, tel Loto-Québec. Le secteur privé est aussi présent et les experts estiment à plus de 20 milliards de dollars le chiffre d’affaires de cette industrie (loteries, casinos, courses de chevaux, jeux en ligne, etc.) à l’échelle canadienne. Une telle somme place le Canada parmi les puissances mondiales pour l’importance de cette industrie. En 2020, le montant dépensé dans les jeux de hasard de toutes sortes se chiffrait à plus de 400 milliards de dollars américains à l’échelle internationale.

Tout cet argent ne provient que d’un seul endroit, soit du portefeuille des clients. Pour illustrer et quantifier ce propos, les données ne manquent pas. A l’échelle canadienne, on estimait que seulement pour les jeux de hasard en ligne, chaque résident avait dépensé 825 $ en moyenne en 2019. Les études québécoises mentionnent que deux personnes sur trois dans la province sont des adeptes plus ou moins réguliers de jeux de hasard. Ce sont les loteries qui ont la plus forte clientèle, avec plus de 90 % des personnes qui déclarent s’adonner aux jeux de hasard et d’argent.

Dans son rapport annuel 2020-2021, Loto-Québec fait état d’une chute de quelque 50 % de ses revenus, un recul provenant de l’arrêt des opérations des casinos et des établissements de jeu de tout genre. Les revenus des loteries ont été moins touchés tandis que les mises faites via les jeux en ligne ont explosé. Pour les 6 premiers mois de 2020, les revenus générés par ce type de pari étaient 4 fois supérieurs à leur niveau de 2019. La pandémie de COVID-19 n’est pas étrangère du tout à cette poussée de revenus tout aussi forte que préoccupante. Et qu’a-t-on constaté en parallèle ? Une hausse de la dépendance au jeu en ligne. Concernant les demandes en lien à des problèmes de jeux de hasard et d’argent, la directrice de la Maison Jean Lapointe affirmait à l’Actualité en février que « neuf joueurs sur dix ont maintenant des problèmes de jeu en ligne alors qu’avant la pandémie, c’était une minorité » (L `Actualité, 9 février 2021)

Spirale de la dépendance

Cette spirale de la dépendance au jeu risque-t-elle de s’intensifier ? L’Industrie canadienne du jeu de hasard reconnait d’emblée qu’entre 1 % et 2 % de la population adulte souffre d’une dépendance au jeu, soit environ 600 000 personnes. D’autres mentionnent le chiffre d’un million de Canadiens aux prises avec cette pathologie sociale. Dans le cas des jeux en ligne, les victimes de jeu compulsif sont 4 fois plus nombreuses par rapport aux autres types de jeux. Le site internet de Jeu Aide et Référence estimait pour l’année 2019 qu’il y avait au Québec 96 500 joueurs à risque modéré de dépendance et  27 500 joueurs pathologiques probables. Et cela n’est sans doute qu’une hypothèse à la baisse, car la pandémie a aggravé la situation.

Promesses de bonheur factice

N’y-a-t-il pas une forme d’hypocrisie de la part de cette industrie et de l’État ? Celle-ci se vante de générer des retombées économiques importantes (30 milliards de dollars au Canada) et d’être parmi les plus performant mondialement, le tout en permettant aux gouvernements des provinces d’engranger des profits significatifs. On se permet même par des campagnes publicitaires de masse de propager des promesses de bonheur factice advenant une mise gagnante ! Sans doute reconnait-on le problème du jeu compulsif, qui fragilise la qualité de vie et la santé mentale des personnes touchées, mais en mettant d’abord et avant tout l’accent sur le jeu responsable, comme s’il s’agissait d’un mal nécessaire !

Quand vous aurez l’occasion de visionner sur vos écrans une publicité de Loto Québec, amusez-vous à essayer de lire le libellé qui figure tout au bas de l’écran mentionnant qu’il faut jouer prudemment et de manière responsable….Vous serez peut-être en mesure de constater que si le jeu de hasard ne tue pas, il est tout de même hautement toxique sur le plan de la santé individuelle et publique.Il blesse profondément les individus, sinon leurs proches et indirectement c’est la société qui encaisse les conséquences.

Sources

https://www.concordia.ca/fr/recherche/chairejeu/recherche/projets/enhjeu-quebec.html

https://lactualite.com/societe/la-pandemie-a-provoque-un-boum-du-jeu-compulsif/

https://casinovalley.ca/gambling-addiction/#Programs_That_Help_With_Gambling_Addiction

https://www.lapresse.ca/actualites/201905/29/01-5227930-loterie-video-quatre-dollars-sur-cinq-mises-par-des-joueurs-a-problemes.php

Portrait du jeu au Québec

Canadian Online Gambling Facts You Didn’t Know

https://uk.advfn.com/newspaper/advfnnews/57520/the-canadian-gambling-market-in-2020

 

Coronavirus concerns leads to 11% drop in forecasted global gambling revenues

 

 

 

 

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