Louis-Serge Gill – Septembre 2020 – Dossier spécial Relance ou renouveau 

Le 3 avril 2020, quelques semaines à peine après un arrêt quasi-complet des activités économiques et sociales, 15 leaders économiques et environnementaux adressaient une série de propositions au gouvernement du Québec. L’objectif premier de cette association nommée le G15+ : penser et mettre en œuvre une relance solidaire, prospère et verte.

Dans une capsule-prospectus disponible sur le site Internet du G15+ (voire plus bas), Karel Mayrand (Fondation David Suzuki) affirme que le mouvement vise à développer des consensus citoyens autour d’idées économiques, environnementales, culturelles, pendant que le gouvernement gère une sortie de crise. Depuis, un regroupement similaire s’est mis en œuvre dans la Capitale-Nationale et des mairesses et maires de diverses régions (Geneviève Dubois de Nicolet et André Bellavance de Victoriaville, pour le Centre-du-Québec) unissent aussi leurs voix.

Financement et économie

En termes de financement et d’économie, nous percevons le virage vert adopté par le groupe de signataires. Ceux-ci proposent principalement de mettre à contribution le Fonds des générations pour la lutte aux changements climatiques. Ainsi, de 2021 à 2025, ce sont près de 14 milliards en capitaux privés et publics qui pourraient converger vers la mise en œuvre de certaines des propositions environnementales du G15+ (notamment l’investissement dans des infrastructures sobres en carbone, des technologies propres et des sources énergétiques comme l’hydroélectricité). Le groupe effleure aussi la possibilité d’investissements privés et publics dans des fonds solidaires.

Cap sur l’économie sociale

Quant aux propositions économiques, elles se déclinent en trois volets. Le premier semble se développer dans la foulée de la crise sanitaire, soit en axant sur l’achat local par la coopération avec des entreprises d’économie sociale et l’introduction d’une certification « Fabriqué au Québec », soit en déployant des infrastructures numériques et en encourageant le télétravail. Le deuxième volet mise plus encore sur les entreprises d’économie sociale qui permettent « une redistribution plus pertinente pour la collectivité et plus équitable des profits des activités économiques[1] ». À terme, le gouvernement du Québec devra aussi encourager les travailleuses et les travailleurs qui ne pourront recouvrer leur emploi à se diriger vers une formation dans des secteurs résilients aux changements climatiques.

Transport et agriculture

Le G15+ souhaite que les transports dépendent moins des importations de carburants, « tout en privilégiant l’achat de matériel et de technologies québécoises ». En ce sens, il vaut mieux, selon le groupe, investir dans le maintien du réseau routier plutôt que de chercher à accroître la capacité routière. Dans la foulée des ces deux propositions, on souhaite également électrifier au possible les flottes de transports de marchandises et, pour y parvenir, poursuivre l’investissement dans les recherches de technologies propres, résilientes et durables.

D’ailleurs, qui parle d’achat local et de transport durable encourage aussi la production d’aliments locaux. L’initiative d’autonomie alimentaire proposée par le G15+ vise à « hisser à plus de 50% la proportion d’aliments provenant de fermes du Québec dans l’assiette des Québécois ».

« Un groupe de 15 leaders économiques, syndicaux, sociaux et environnementaux se mobilisent dans un élan inédit pour appuyer les efforts de relance de l’économie québécoise. » – Source : site internet du G15+

Collectivités, habitats, Premières nations et Inuits du Québec

Dans la continuité de cette proposition touchant l’agriculture et l’achat local, le G15+ invite le gouvernement à soutenir le commerce de proximité de redynamisant le cœur des villes et des villages. De même, il faudrait aussi investir dans la consolidation durable de milieux déjà urbanisés (en somme éviter l’étalement urbain) et miser, d’ici cinq ans, sur la construction d’environ 10 000 logements sociaux, ancrés, encore une fois, au cœur des villes et des villages.

De même, avec les importantes variations climatiques telles que celles observées au cours de l’été 2020, il faut penser et repenser les bâtiments dans une logique d’efficacité énergétique, notamment par la conversion à l’électricité de bâtiments alimentés par le pétrole et le gaz.

Finalement, sur le plan communautaire, le G15+ propose de travailler en concertation avec les Premières nations et les Inuits du Québec pour identifier les priorités d’investissement sur tout le territoire.

Sur ce dernier point, en août 2020, nous avons pu constater que le premier ministre François Legault restait tout de même sur ses gardes, craignant que les Premières Nations aient droit de veto sur tous les chantiers économiques québécois[2].

De fait, il semble légitime de se demander si ces propositions, aussi attrayantes soient-elles, ne seront pas que les habits neufs (et verts) dont l’empereur choisira de se draper… Au G15+ et aux citoyens avertis de monter la garde.

[1] https://www.g15plus.quebec/nos-propositions/economie/

[2] https://ici.radio-canada.ca/espaces-autochtones/1726681/droit-veto-autochtones-legault-onu-billy-diamond

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