Qu’on soit fin gourmet ou vrai gourmand, le chocolat est dans toutes les bouches. Si sa consommation aurait des vertus antidépressives, s’intéresser au cacao et à ses conditions de production a de quoi vous mettre le moral à zéro. Travail des enfants, paysans sous-payés, déforestation, le bilan n’a rien de réconfortant. Et si les industriels du secteur et les consommateurs ne décident de changer leurs habitudes, une pénurie pourrait faire de cet or brun – ou noir – une denrée de luxe.

Credits Giulian Frisoni CC Flickr

Avec des ventes annuelles effleurant les 80 milliards de dollars, l’industrie du chocolat ne manque pas de poids, soit près de 4 millions de tonnes de cacao cultivées chaque année. Et le marché ne semble pas arriver à satiété. La consommation de chocolat a ainsi connu une augmentation de plus de 30 % en 10 ans, du fait notamment d’une demande croissante des pays émergents, notamment en Asie.

Soixante-dix pour cent du cacao mondial provient du continent africain. À elle seule, la Côte d’Ivoire représente 35 % de la production mondiale, suivie par le Ghana. Les fèves représentent ainsi 22 % du PIB ivoirien, plus de la moitié de ses recettes d’exportation et les deux tiers des emplois de la population. Pourtant, ces derniers bénéficient très peu de la manne que génère le chocolat.

La structure du marché est pyramidale. Au sommet, trois opérateurs principaux se partagent l’essentiel du cacao. Puis viennent quelques intermédiaires, tels Nestlé ou Mars, qui n’oublient évidemment pas de prendre leur part du gâteau. C’est tout en bas de la pyramide que se situent nos très nombreux agriculteurs (750 000 uniquement en Côte d’Ivoire).

Sur une tablette de chocolat 60 % de cacao achetée en épicerie, entre 3 % et 6 % du prix payé revient aux producteurs, un revenu qui ne leur permet pas d’atteindre le seuil de pauvreté. D’autant plus que le prix du cacao sur les marchés financiers est très volatile à cause des déséquilibres fluctuants entre l’offre et la demande.
Les conditions de production sont en effet un réel problème pour l’approvisionnement des stocks mondiaux, mais surtout pour les cultivateurs. Ce sont eux qui épongent le manque à gagner à même le « rien » dont ils disposent.

Les cultivateurs de cacao souffrent du manque d’infrastructures, de l’incapacité financière à investir pour améliorer leur productivité (par exemple en se procurant de la machinerie plus performante), et leurs plantes, souvent vieilles et malades faute de moyens pour les remplacer, ont un rendement affaibli. Les récoltes du cacaotier ne sont guère intéressantes avant leur sixième année de croissance. Qui plus est, l’élasticité de l’offre est faible : les cultivateurs ne peuvent que difficilement ajuster leur production aux prix du marché. Les aléas climatiques ou la présence de parasites peuvent ruiner les récoltes. À ce propos, on estime qu’en 2009, 30 % de la production mondiale fut relégué dans la colonne des pertes à cause d’éléments nuisibles. La culture du cacao engendre également appauvrissement des sols et déforestation. En somme, pour toutes ces raisons, nombreux sont les paysans qui décident d’abandonner cette activité.

En Côte d’Ivoire, entre 300 000 et un million d’enfants sont engagés dans les forêts de cacao. En septembre 2015, les groupes Nestlé, Hershey’s et Mars ont ainsi été pointés du doigt par une plainte collective les accusant de traite et de travail forcé d’enfants dans des plantations ivoiriennes.

Pour tenter de contrer ce fléau chocolaté, les États-Unis ont signé en 2001 avec la Côte d’Ivoire le protocole Harkin-Engel, dont l’objectif est d’enrayer les pires formes de travail des enfants dans les plantations de cacao d’ici 2005. De belles paroles qui, force est de le constater, ont été suivies de peu d’actes. En 2016, le travail des enfants est toujours une réalité.

Néanmoins, les multinationales de l’agroalimentaire semblent vouloir faire preuve de zèle et se dirigent de leur propre initiative vers le cacao « responsable ». La multinationale étatsunienne Mars a ainsi annoncé que 100 % de son cacao serait certifié d’ici 2020. Par souci éthique et environnemental, peut-être. Par nécessité de sécuriser et de pérenniser sa chaîne d’approvisionnement, sûrement. Entre la baisse de productivité des plantations de cacaoyers et la conscientisation croissante du consommateur, cette attitude éthique semble être une bonne stratégie.

LAISSEZ UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here

For security, use of Google's reCAPTCHA service is required which is subject to the Google Privacy Policy and Terms of Use.

I agree to these terms.