103.1 fm

Ce texte est écrit dans le cadre du projet Citoyen.ne.s du monde et de chez nous qui est une réalisation du Comité de Solidarité/Trois-Rivières. Ce projet est rendu possible grâce à la contribution de Service jeunesse Canada.

Voir le monde autrement

Javier A. Escamilla H. – Artiste et médiateur culturel / Agent de développement au Réseau In-Terre-Actif/ Comité de solidarité/Trois-Rivières CS3R – Novembre 2020

Il est très courant lorsque nous utilisons le mot réconciliation de penser à l’intérêt de résoudre un conflit entre des personnes, des groupes, des organisations, des communautés, des peuples ou des nations.

Rabibocher ou réconcilier 

Les origines des problèmes rencontrés sont très diverses, mais le chemin de la solution débute avec la volonté affirmée des parties de vouloir transcender la discorde pour convenir d’une solution. Il est alors vital d’avoir une communication efficace et réciproque pour se reconnaître, concilier les forces et faiblesses de chaque partie, s’entendre sur la reconnaissance des erreurs et établir des accords conduisant vers des pratiques de vie commune saine et durable. En théorie, tout est viable, mais dans la pratique de la vie quotidienne, nous ne faisons rien de plus que de régler brièvement le conflit pour relâcher un peu les tensions, et c’est là que mise à part le pardon et les excuses, peu d’actes les d’engagement apparaissent concrètement pour résoudre les problèmes. Les outrages contre les peuples autochtones font partie des croyances et modes de fonctionnement dans nos rapports qui sont toujours présents, hérités de la conquête et de la colonisation, mais aussi de l’industrialisation et de la société de consommation contemporaine. Des siècles d’outrages et surtout des siècles et des siècles de fausses promesses et mensonges ont mené à la disparition de la mémoire culturelle et collective d’une civilisation qui s’identifie au territoire comme faisant partie de celui-ci et non comme une entité séparée.

Comment se réconcilier avec les peuples autochtones alors qu’en pratique, la société dominante cultive une vision du territoire comme marchandise et d’une identité réductible à des titres de propriété privée ? Comment concilier un accord, quand la terre pour certains est la mère créatrice de la vie, l’eau et les ressources naturelles sont les frères et les esprits plus âgés, alors que pour la société dite évoluée, tout n’est qu’une richesse à exploiter jusqu’à son extinction ? Comment construire un chemin de réconciliation avec les peuples autochtones, leur identité culturelle et territoriale, alors que l’on n’accepte pas que la terre mère soit vivante et qu’on mutile les rivières pour faire de l’argent au nom du développement ? Les solutions à ce conflit doivent provenir de la base, des opprimés, des peuples autochtones et d’autres peuples qui partagent le même territoire, ainsi que des communautés et des citoyens qui résistent dignement par le biais du travail éducatif et culturel, forgeant d’un commun accord, un aménagement participatif et durable du territoire avec toutes les communautés pour récupérer le passé, le présent et l’avenir digne de l’humanité sur terre.

Réconcilier par les arts

En effet, l’art est très important dans l’histoire de l’humanité, et grâce à la sensibilité du langage artistique, une vision du monde se manifeste dans différentes disciplines qui ont recréé et mis en lumière une grande diversité d’héritage et patrimoine culturel, tout au long des siècles et sur tous les territoires de la terre.

Or, s’il y a un véritable pouvoir de transformation et d’enrichissement de la société dans l’art, il réside dans la capacité que nous avons de ressentir, penser et créer librement et spontanément, sans les conditions éthiques, sociales, religieuses et économiques imposées par une culture dominante.

L’esthétique de l’art est basé sur la liberté de l’artiste de vivre ses préoccupations en toute confiance, pour accepter les conflits, les désaccords et de manifester à travers sa production artistique, son intérêt de communiquer et de partager sa façon de penser, sentir et voir.

L’art qui est engagé dans la construction d’une culture démocratique a la mission et le pouvoir de briser l’intolérance pour créer des espaces de réflexion citoyenne participative au service du bien commun.

Réconcili’Art

Le projet Citoyen.ne.s du monde et de chez nous est une initiative du Comité de Solidarité de Trois-Rivières qui a pour but d’aller à la rencontre de jeunes âgés entre 16 et 35 ans, d’origines autochtone et allochtone, afin de partager avec eux un processus de formation sur l’engagement citoyen à travers l’art, mais aussi d’ancrer ce processus dans le territoire et le présent.

Une composante de ce projet est de former à partir de l’art, des citoyens engagés aux différents enjeux locaux et internationaux de l’époque contemporaine

Depuis 2019, notre équipe a rencontré des jeunes de diverses origines sollicitant leur engagement pour construire ensemble des chemins d’espoir et cohabiter dans la dignité.

Plusieurs créations artistiques ont vu le jour et sont exposées dans des espaces muséaux et organismes communautaires de la Mauricie. Actuellement, Le Centre d’amitié autochtone de Trois-Rivières accueille l’exposition Réconcili’Art jusqu’au 2 novembre. Celle-ci se retrouvera ensuite au Musée Pop avec tous les projets de Change le monde, une œuvre à la fois, du 11 novembre 2020 au 6 janvier 2021.

Identité, Culture et Territoire

Souvent, je me questionne sur mon identité comme immigrant au Québec et mon rôle dans la société ainsi que sur le territoire où j’habite. Grâce à des années de recherche, de partage, de rencontres, de réflexions et de créations avec des citoyens mauriciens de diverses origines, ce processus m’a enrichi pour mieux comprendre le contexte de grande diversité de contrastes et de valeurs culturelles dans lequel nous vivons.

Bien que le français soit la langue commune du territoire, il semble parfois que l’intégration culturelle s’opère plus en fonction du marché que de la culture, soit : obéir, produire et consommer. Mais en même temps, à explorer le territoire et à côtoyer les gens qui l’habitent, on peut saisir la force de la mémoire du peuple ainsi que sa conscience collective, ce qui nous permet de nous reconnaître davantage dans cette réalité.

Si le métissage culturel est l’avenir de l’humanité, nous devons construire ensemble l’héritage de nos enfants, dignes d’une culture vivante et durable, tout en respectant notre mère : la Terre. Réconcili’Art vous convie à une promenade dans l’univers de l’identité, de la culture et du territoire de la Mauricie et du Québec d’aujourd’hui.  Quant à moi… je suis Tropico boréale.

 

 

LAISSEZ UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here

For security, use of Google's reCAPTCHA service is required which is subject to the Google Privacy Policy and Terms of Use.

I agree to these terms.