Soraya Kettani – L’Université de demainOpinion – septembre 2021

À quoi sert l’Université ? Quel est encore le rôle de l’Université, pouvons-nous nous demander par certains moments, de doute plus particulièrement. Y répondre, c’est nécessairement se poser la question de son rôle, jadis lui-même relié à celui de son avenir. Se poser la question, c’est introduire l’hypothèse d’une Université  qui a été un lieu de construction de la civilisation qu’une société choisit pour elle-même et un lieu de synthèse des différents savoirs pour l’accomplissement de sa civilisation. Une conception qui n’est pas moins politique. Et s’il existait alors à travers ce paradigme un lien entre Université et Politique, pouvons-nous seulement le rappeler ? Et si l’Université pouvait fournir au politique le sens du changement d’une société pour remettre en état d’usage son intelligence au bénéfice de ses concitoyens?

Crédits : Christopher Furlong – Getty Images

Commençons d’abord par nous mettre d’accord sur ce que nous nommons « Université » pour ensuite convenablement nommer sa finalité. L’Université est ce lieu suprême où se construisent, se produisent, se diffusent, et rayonnent les différents savoirs dont elle est propriétaire, et qui servent à outiller la société universelle dans sa mission humanitaire. Il s’agit de fait, d’un travail techniquement intellectuel, mais en synthèse, d’une mission hautement, voire, noblement morale.

À travers l’évolution des sociétés, il a été question de l’évolution et du changement de la qualification de ces savoirs. Cette évolution a exigé la recomposition de son système et barème de valeurs, inspirés par les valeurs  d’un certain « marché», que les politiques se sont appropriés pour fixer les enchères. Ce que nous soulignons ici, c’est la soumission de l’Université aux valeurs de ce marché, alors que l’Université, de par son observation, son étude et son suivi de la société, est à même d’anticiper les grandes tendances sociales, économiques et politiques, d’avertir et d’éclairer les politiques sur les éventuelles failles et dérives, et légitimement à même de formuler, ou du moins, proposer un modèle sociétal et politique, à l’image de la continuité de ses choix civilisationnels. En somme, le politique devrait théoriquement s’appuyer sur le rôle de l’Université, et consolider ses moyens, pour répondre le plus justement possible aux aspirations de la population.

Dans la réalité, il n’en est rien. Et cela n’est pas nouveau.

Car par nos temps anciennement modernes déjà, la performance technique et technologique est le critère de toutes les décisions. Cette performance a nourri le raccourcissement des temps d’action et les bénéfices de ses résultats, fourni les codes d’une culture de l’utile et du consommable, privilégié le culte de l’agilité, de l’adaptation et de la résilience, réformé les critères de mesure du temps efficient, qui jadis long, prévalait dans la construction d’une vision à long terme, pour laisser place aujourd’hui à des cycles de vie d’apprentissage, de plus en plus courts, et nécessairement de plus en plus violents. Les moyens ont largement échappé à l’Université. Du privilège d’une institution majeure qui initie, elle est passée à une quelconque institution sociétale, qui subit. D’une force de proposition qui inspire les décisions, et devient elle-même conséquence d’arbitrage de mauvaises décisions.

Ne nous trompons pas d’appel. Il ne s’agit pas là d’apprécier un passéisme léthargique ou de prêcher une morale pontifiante. Chaque chose en son temps, et fleurit par le rythme de ses propres saisons. Il est question d’appeler à redonner à la société le choix de ses propres valeurs, le choix de relever son système civilisationnel, et de redéfinir ses propres caractères.

La place de l’Université est éminemment politique

Ainsi, si c’est le politique qui se saisit de l’état et de la continuité de l’Université et de la place des intellectuels parmi ses rangs et de l’ordre de leurs missions, le politique doit s’arrimer et s’appuyer sur la recherche et l’Université pour construire une conception et une vision de la société. Cette conception n’est qu’une invitation à la place que les intellectuels devraient avoir dans le sein des échanges et des consultations politiques allant et venant dans les couloirs. Cette suggestion est la manière d’introduire l’Université dans le système même de la réflexion, de la construction de la vision et de l’instruction de la pensée citoyenne.

En cette période électorale par excellence, celles des fédérales et des municipales, l’Université est toujours absente des programmes d’appels électoraux. Minée après 17 longs mois de pandémie, l’Université est encore plus que jamais éprouvée, alors même que les enjeux et défis qui absorbent la planète en souffrance laissent perplexes la mise au banc de l’Université. Si le moyen de la survie de la planète passe justement par la redéfinition d’un nouveau système de valeur, gageons que les politiques auraient beaucoup à gagner à se rapprocher de l’Université. Alors au vote citoyens !

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