Par Alain Dumas, décembre 2016

Pendant sa campagne électorale, Trump a surfé sur le sort des laissés-pour-compte d’une Amérique qu’il juge trop faible. Officiellement, l’économie américaine semble bien se porter. La bourse américaine bat des records et le taux de chômage se trouve à son plus bas. Mais qu’en est-il réellement? Quel remède propose Trump?

On a beau dire que le taux chômage officiel s’avère très bas (4,9 %), ce chiffre reste trompeur, comme l’a souvent mentionné la présidente de la Banque centrale américaine, Janet Yellen. C’est que la grande récession de 2008-2009 a créé une armée de chômeurs de longue durée qui ont délaissé le marché du travail, et qui ne font plus partie des statistiques officielles. Au dernier relevé, 84 millions d’Américains en âge de travailler n’étaient ni en emploi ni à la recherche d’un emploi, soit 15 millions de plus qu’avant la crise de 2008. Par ailleurs, le taux de chômage ne dit rien sur la qualité des emplois créés, dont les emplois à temps partiel involontaire qui touchent plus de 6 millions de personnes. Lorsqu’on additionne tous ces chômeurs déguisés, le taux de chômage réel se situerait entre 20 % et 25 %[1]

Un autre phénomène indique que le marché du travail s’est dégradé aux États-Unis. Il s’agit de la baisse des salaires réels et du revenu médian des Américains. Selon le Center for American Progress[2], plus de 40 % des emplois créés depuis la fin de la récession de 2009 sont à salaire bas (restauration et commerce de détail) et le quart à salaire moyen, de sorte que bon nombre d’emplois créés depuis 2010 offrent des salaires inférieurs à ceux de 2008. C’est la raison pour laquelle près de la moitié des 47 millions d’Américains pauvres (1 Américain sur 7) demeurent pauvres même en occupant un emploi. Il n’est donc pas surprenant d’apprendre que le taux de pauvreté est encore plus élevé aujourd’hui qu’en 2007 et que 46,7 millions d’Américains dépendent des bons alimentaires pour se nourrir, soit le triple d’avant la crise.

L’économie américaine en crise profonde

L’économie des États-Unis traverse donc une crise beaucoup plus profonde que ne le laissent entendre certains chiffres officiels. Si au cours des quinze dernières années, les États-Unis ont connu les deux plus importants krachs boursiers de leur histoire (2000 et 2008), c’est qu’ils se sont enlisés dans une économie financiarisée (une économie de spéculation financière) qui a eu comme conséquence de délaisser l’économie réelle qui répond aux besoins de ses citoyens en leur procurant des emplois viables et bien rémunérés. Si cette économie financière donne l’apparence d’une société prospère, en raison du déversement de centaines de milliards de dollars de profits financiers aux riches actionnaires en bourse, cela ne peut se faire sans appauvrir les classes moyennes et populaires. Ce constat se vérifie par la diminution des salaires qui trouve son corollaire dans la hausse des profits, lesquels sont passés de 7 % à 12 % du PIB américain de 1990 à aujourd’hui[3].

« L’inégalité a contribué à provoquer la crise; et leur aggravation a rendu encore plus difficile une reprise robuste. »

(Joseph Stiglitz, La grande fracture, 2015)

Il est donc clair que la crise ouverte en 2008 a contribué à accroître les écarts de revenu et de richesse aux États-Unis. Aujourd’hui, les 1 % plus riches s’accaparent 22 % de tous les revenus, soit le double par rapport à 1990. Si depuis quelques années, le Fonds monétaire international (FMI) et d’autres organisations exhortent les États-Unis à lutter contre la pauvreté et les inégalités, c’est qu’il est maintenant admis que les écarts de revenus constituent un frein majeur à une reprise économique viable.

Que propose Trump pour revigorer l’Amérique? Son programme économique ne présente qu’une réplique du programme de Ronald Reagan dans les années 1980, celui-là même qui a ouvert le chemin à l’accroissement des inégalités et à l’aplatissement de la classe moyenne américaine. En très simple, il propose de réduire les impôts des plus fortunés et des entreprises de 5900 milliards de dollars et de réduire les dépenses publiques de 800 milliards, tout en doublant les dépenses militaires (de 3 % à 6,5 % du PIB). En privant le gouvernement américain de précieuses ressources pour rééquilibrer la société américaine et restructurer son économie, les États-Unis de Trump risquent fortement de devenir plus inégalitaires.

[1] Selon le site Shadow Government Statistics, http://www.shadowstats.com/alternate_data/unemployment-charts.

[2] Voir l’étude: The Middle-Class Squeeze, https://www.americanprogress.org/

[3] Études économiques Desjardins, 26 septembre 2016.

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