Alex Dorval – juillet 2020

Alors que la question de l’autonomie alimentaire du Québec fait jaser, il peut être opportun de se plonger dans les réflexions et souvenirs de celui qui fut le ministre de l’Agriculture sous le gouvernement de René Lévesque (1976-1985), le regretté Jean Garon (1938-2014).

Racines 

Originaire de St-Michel-de-Bellechasse dans Chaudière-Appalaches, Garon retrace dans ses mémoires le parcours d’une vie dévouée au service du bien commun et de l’indépendance d’esprit… et d’État bien sûr.

Jacques Parizeau signe la préface des mémoires de Jean Garon, publiés en 2013 chez VLB éditeur. On y découvre l’histoire d’un homme d’idées et de convictions, déterminé à obtenir l’indépendance du Québec et à assurer la protection du bien commun.

De son père qui ouvrit pour la première fois la route de l’est du Québec dans les années 1950 alors que les gouvernements de l’époque tardaient à le faire, il acquit un esprit d’entrepreneur créatif et apprit l’importance de conjuguer projets d’affaires et projets de société. De sa mère qui prenait conscience des forces académiques et intellectuelles de son fils et le mettait en garde contre l’élitisme, il conserva tout au long de sa vie, cette « sagesse populaire » propre aux gens du pays.

Il faut dire qu’avec une maîtrise en économie et une licence en droit de l’Université Laval, Garon aurait très bien pu devenir un politicien de papier plutôt qu’un homme d’action. Mais ce serait là faire abstraction de son parcours de militant indépendantiste des premières heures qui constitue en quelque sorte la trame de fond immuable des mémoires du frère d’armes de René Lévesque.

 

Le ministre de l’Agriculture

Garon sera ministre de l’Éducation sous Parizeau de 1994 à 1996, puis maire de Lévis de 1998 à 2005. Il sera toutefois reconnu tout le long de sa vie dans le cœur des Québécois.es comme étant « Le ministre de l’Agriculture ». Bien qu’il tomba en bas de sa chaise lorsqu’au lendemain de l’élection de 1976, René Lévesque lui dit qu’il le voulait à l’Agriculture, il accepta de relever le défi et se fit petit à petit à ce titre qui lui colla à la peau toute sa carrière. Le Premier ministre du Parti Québécois voyait de grandes forces dans ses racines rurales, sa formation juridique et ses convictions indépendantistes. Ce dernier dira un jour de Garon qu’il était « le plus complet de mes ministres ».

Parmi les accomplissements de l’équipe Garon, qui savait s’entourer de gens loyaux et dédiés à l’ouvrage, on peut noter tout spécialement l’adoption en 1978 de la Loi sur la protection du territoire agricole et la mise en place de la Commission de protection du territoire agricole (CPTAQ). Le zonage et l’aménagement des terres arables du Québec combinés à des incitatifs économiques et fiscaux favorisant l’exploitation de celles-ci par les agriculteurs auront servi de base à une révolution céréalière, à une époque où nous dépendions encore dans ce secteur des producteurs de l’Ouest du Canada.

Autonomie alimentaire : les facteurs gagnants

Sous le règne Lévesque-Garon, l’autonomie alimentaire aurait atteint jusqu’à 80 %. Loin de prendre tout le mérite à lui seul, Garon fait état des quatre facteurs gagnants qui auront permis au Parti Québécois et au peuple québécois de jeter les bases d’une révolution agricole :

  • la volonté ferme du gouvernement de faire de l’agriculture un secteur prioritaire de développement économique;
  • l’appui personnel du premier ministre à cette cause;
  • la confiance des agriculteurs;
  • l’appui de l’opinion publique.

Pour Lévesque qui avait grandi en Gaspésie, il fallait absolument que le Parti Québécois soit le parti de tous les Québécois.es, qu’ils habitent la ville ou la campagne. C’est dans cette optique, et sur recommandation du mauricien Paul Couture, premier président de l’UPA, que le choix de Lévesque pour l’Agriculture s’arrêta sur Garon.

Le PQ, la cause indépendantiste et le Québec agricole auront grandement profité de la relation de confiance entre Lévesque et Garon et du travail de rang de ce jeune militant de Bellechasse qui déjà dans sa vingtaine se promenait de porte en porte et tendait l’oreille aux gens de l’arrière-pays.

Consultez notre dossier estival sur les enjeux agroalimentaires: Des plants pour l’avenir

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