Céline Khuu, décembre 2018

En vous promenant sur la rue Saint-Maurice au Cap-de-la-Madeleine, vous ne pourrez pas vous empêcher de noter une différence dans le paysage. Depuis quelque temps, la rue est plus étroite que celles des alentours et de nouvelles aires végétalisées la bordent des deux côtés.

Les changements de cette voie de circulation vont plus loin que l’apparence esthétique. En effet, la Ville de Trois-Rivières a profité de la réfection de la rue Saint-Maurice pour innover et revoir sa manière de concevoir les aménagements urbains. La largeur réduite de la rue contribue à abaisser la vitesse de circulation, alors que les aires végétalisées diminuent la pression sur le réseau d’égouts en ralentissant l’écoulement des eaux de pluie et en permettant à une partie de ces eaux de s’infiltrer dans la nappe phréatique. De plus, les arbres ajoutés augmenteront la canopée urbaine dans ce secteur d’ici quelques années, ce qui amenuisera les effets d’îlots de chaleur.

Élaboré en partenariat avec une équipe de l’École Polytechnique de Montréal, ce projet pilote pallie au vieillissement des infrastructures et contribue à l’adaptation aux changements climatiques. D’une part, l’étalement de la zone urbanisée avait accru les surfaces imperméables et, par le fait même, la quantité d’eau de pluie que le réseau d’égouts devait traiter. D’autre part, les scénarios climatiques prévoyaient une augmentation de la fréquence des phénomènes météorologiques extrêmes dont les pluies abondantes. Ainsi, il fallait modifier les infrastructures pour permettre d’absorber cet apport supplémentaire en eau.

Après plusieurs consultations publiques et rencontres de concertation pour prendre en compte les besoins des citoyens du quartier, les partenaires du projet ont été confrontés à la difficulté d’être des précurseurs. Effectivement, l’innovation signifie qu’il y a peu de projets similaires sur lesquels s’appuyer à l’étape de la conception.

La Ville de Trois-Rivières a ensuite fait appel à des architectes paysagistes pour planifier des aménagements végétalisés comportant une biodiversité favorable aux insectes pollinisateurs et aux oiseaux. En plus de changer d’apparence au gré des saisons, ces aménagements filtrent les polluants dans l’eau qui percole jusqu’à la nappe phréatique d’où on tire l’eau potable pour le secteur Cap-de-la-Madeleine. De cette manière, le traitement de l’eau ne nécessite pas d’énergie, juste un peu de soleil, d’oxygène et de CO2 pour la croissance des plantes. D’ailleurs, la captation des gaz à effet de serre compte parmi les effets bénéfiques de ces aires végétalisées.

Puisqu’il s’agit d’un projet innovant, un suivi scientifique est assuré par l’équipe de la Polytechnique. Elle évalue la performance des 24 espèces végétales et du substrat utilisé dans la rue Saint-Maurice afin de déterminer ce qui est à privilégier pour le traitement et la filtration de l’eau dans les futurs aménagements de ce genre.

La phytotechnologie, c’est-à-dire l’utilisation de plantes comme solution à des problèmes environnementaux, offre plusieurs autres avenues intéressantes en milieu urbain, comme la réhabilitation des sols contaminés. Cette expérience pourrait donc servir de cas exemplaire pour d’autres usages. D’autant plus que la Ville de Trois-Rivières a récemment reçu le prix de Génie-Méritas 2018 de l’Association des ingénieurs municipaux du Québec pour la conception innovante de la rue Saint‑Maurice.


Remerciements : Julien Saint-Laurent et Alexis Pétridis pour la Ville de Trois-Rivières, Xavier Lachapelle-Trouillard pour les Écrans Verts, Jacques Brisson pour la Chaire de recherche industrielle CRSNG/Hydro-Québec en Phytotechnologie et Mélanie Glorieux pour le groupe Rousseau Lefebvre.

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