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Gabrielle Vachon-Laurent – Parole aux Autochtones – Avril 2021 

La plus grande partie de mon travail est de faire de la sensibilisation portant sur les réalités des Premiers Peuples. Mes interventions avec les travailleurs des services publics, les établissements scolaires, les organismes partenaires du Centre d’amitié autochtone de Trois-Rivières me permettent de former des alliés à la cause autochtone.

Quand j’anime une rencontre entre plusieurs personnes, je prends la liberté de poser quelques phrases d’introduction dans ma langue maternelle l’Innu Aimun. Pour ouvrir la discussion, je pose quelques questions. Nommez-moi deux Premières Nations au Québec et par la suite nommez deux communautés de chaque nation? La plupart des participants n’ont pas de réponse à mes questions. Je crois que c’est une bonne façon de faire comprendre aux personnes qu’elles ont encore beaucoup à apprendre de cette sensibilisation.

Ceci étant dit, nous sommes conscients que chacun d’entre nous est acteur de changements. Nous avons toujours le choix de participer, tous autant que nous sommes et nous avons le pouvoir de mettre en œuvre des actions pour une cause qui nous tient à cœur. J’ai trouvé une façon de raconter mon histoire, dans mon environnement de travail, afin de toucher le plus de personnes et surtout provoquer des changements avec pacifisme et passion. Je crois que d’être moi-même une femme issue d’une Première Nation, me permet d’accepter qui je suis et qui je veux devenir; une femme fière et innovatrice!

Il est essentiel de montrer des exemples clairs afin de vous aider. Pour une meilleure compréhension, nous avons chez les Autochtones, 11 Premières Nations, chacune a ses spécificités et chacune des 55 communautés est unique. Pour ma part, j’explique les réalités, je parle de mes études et des obstacles rencontrés.

Il est bien important de ne pas généraliser en parlant des Premières Nations. Ce que j’ai entendu bien trop souvent c’est cette question : – « Est-ce que vous êtes Inuit? » Puisqu’il s’agissait seulement d’une question, je prenais le temps de préciser que j’étais une femme innue de la communauté de Pessamit. Ainsi, les gens me proposent d’en savoir plus par la suite. Il faut prendre le temps d’expliquer qui nous sommes et j’ai appris à le faire d’une façon que les personnes me comprennent mieux.

Gabrielle Vachon-Laurent, Innue de Pessamit et Agente culturelle au Centre d’amitié autochtone de Trois-Rivières (CAATR) – Crédits : Dominic Bérubé

Les outils mis en place à ce jour sont plus nombreux qu’on le croit, il s’agit de les explorer et de se les approprier. Après mes études au collège Kiuna, situé à Odanak, j’ai compris bien des faits et des réalités. Les échanges entre les étudiants des différentes Nations m’ont permis de comprendre que j’étais issue d’une communauté où la langue était encore très vivante, que nous sommes des Autochtones et que notre culture est ancrée dans notre territoire.

Nous pouvons prendre conscience afin de clarifier plus de mythes et réalités concernant les Premières Nations que nous sommes ouverts à échanger avec tous. Bien sûr, l’ouverture doit être bidirectionnelle. La partie la plus difficile de mon travail est d’être souvent confrontée au fait accompli. Une fois, il est arrivé qu’une personne me dise : « je connais l’histoire et donc je te laisse quand même m’expliquer ton point de vue. » Je me suis sentie offusquée, par contre comme je suis de nature très persistante, j’ai essayé tout de même de porter une attention aux détails de mes informations, afin de transporter les gens dans mon univers et défaire les idées prédéfinies de cette personne. Le dialogue occupe une grande partie de mon travail pour parvenir à créer des liens.

Quelques demandes tournent autour de projets artistiques : « est-ce qu’on peut nous montrer comment faire un capteur de rêve? ». Je crois qu’il serait bien de comprendre notre façon de voir les choses et surtout le mode de vie qu’on a depuis des millénaires. Dans mes présentations, je raconte des histoires, des contes ou légendes pour permettre aux gens de comprendre les valeurs autochtones qui nous sont transmises. Puisque j’ai été élevée dans le chalet familial et dans la communauté, j’ai eu la chance de voir les bienfaits de la vie en forêt et du mode de vie d’interdépendance. Les aînés nous contaient comment ils avaient surmonté les défis et les voyages avant que nous devenions sédentaires. Je crois que ces expériences sont plus importantes à raconter que de faire un simple capteur de rêve.

En outre, je voulais montrer que nous sommes encore un peuple très vivant et surtout que nous pouvons développer un dialogue qui peut répondre à plusieurs questions. Je crois qu’il est important de garder une ouverture d’esprit et surtout prioriser les échanges pour arriver à défendre des causes ensemble. Nous pourrions ainsi échanger et nous éduquer en tant que citoyens. Mes méthodes de sensibilisation sont une manière pour moi de cheminer dans une réconciliation personnelle, et surtout, d’être une agente de changement pour les Premières Nations.

Les personnes, les familles et communautés autochtones sont les experts de leurs réalités et histoires.

Tshinashkumitin

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