Steven Roy Cullen, février 2016

M. Alain Deneault
M. Alain Deneault

La plupart des 82 % de ceux d’entre nous qui effectuent annuellement un don à un ou plusieurs organismes de bienfaisance ou à but non lucratif au Canada, le font par altruisme, et ce, même si ce geste répond à des intérêts personnels d’un point de vue émotionnel et moral. Après tout, ça fait du bien de faire un don.

Malgré cela, 26 % des répondants aux enquêtes de Statistiques Canada invoquent comme raison importante de faire un don le fait que le gouvernement accorde un crédit d’impôt. Chez les plus grands donateurs (les 10 % qui font les plus gros dons), cette proportion monte à 44 %. Ainsi, dans ces cas, le don ne serait pas toujours versé de manière désintéressée.

Dans un article paru dans Le Devoir en novembre dernier, M. Maxim Fortin, doctorant en science politique à l’Université Laval dont la thèse porte principalement sur la philanthropie, souligne l’influence des grandes fondations privées sur le processus d’élaboration des politiques publiques. Il affirme même que ces fondations peuvent contourner la démocratie et faire avancer leur agenda politique.

Afin d’illustrer ses propos, M. Fortin cite le cas de la Fondation Bill et Melinda Gates et de la Fondation de la famille Walton. À la suite de l’ouragan Katrina en 2005, ces fondations sont intervenues pour remettre sur pied le système d’éducation. À première vue, leur geste semble altruiste et généreux, mais, concrètement, il a été pour elles l’occasion de privatiser de larges pans du système d’éducation de la Louisiane, et ce, presque sans débat public.

Selon M. Alain Deneault, docteur en philosophie de l’Université Paris-VIII, enseignant à l’Université de Montréal et auteur de plusieurs ouvrages sur les paradis fiscaux, il y a deux problèmes fondamentaux avec les fondations privées. D’une part, celles-ci investissent peu d’argent dans l’objet de leurs programmes de philanthropie. « Selon les États, c’est moins de 10 % [de l’argent amassé par les fondations] qui est placé annuellement dans les projets caritatifs », précise‑t‑il. D’autre part, puisqu’elles se soucient de leur image, les fondations caritatives vont s’intéresser à des causes spectaculaires. « Aider des enfants, c’est toujours plus spectaculaire que de ramasser des déchets toxiques », déplore‑t‑il.

En fait, selon M. Deneault, les fondations privent les institutions gouvernementales, soit les mieux placées pour servir le bien commun, de ressources financières en agissant comme des comptes bancaires à l’abri de l’impôt. Les entreprises philanthropes ou les « grands philanthropes » se paient de la publicité en investissant dans l’objet de leurs programmes de philanthropie et placent l’argent restant. « C’est une épargne pour l’entreprise qui rapporte plus que si on paie des impôts », explique-t-il.

Tel que l’indique M. Fortin, loin de contribuer à l’amélioration du sort de ses semblables de manière désintéressée, la philanthropie telle que décrite précédemment favorise la croissance des inégalités sociales. Elle est bien loin de la « philanthropie » au sens propre du mot.

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