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Jules BergeronJules Bergeron, Comité de solidarité / Trois-Rivières, février 2019

C’est arrivé le 15 novembre 2018. Camilo Catrellanca, militant mapuche de 24 ans, meurt d’une balle dans la nuque lors d’une opération des forces spéciales chiliennes. Un autre nom à ajouter sur la longue liste de supposés terroristes neutralisés ou mis hors d’état de nuire par les forces de répression de l’État chilien. Pourquoi une telle violence?

Peut-être que la réelle interrogation est de savoir ce que veulent les Mapuches, ce peuple de la terre d’Araucanie, région du sud du Chili? Essentiellement, leur reconnaissance en tant que peuple et nation, l’autonomie territoriale et la rétrocession de leurs terres, jadis confisquées par l’État chilien au profit de grands propriétaires terriens et d’entreprises.

Il faut comprendre que ces revendications, si claires soient-elles, ont longtemps été balayées du revers de la main par l’État chilien et n’ont été partiellement reconnues que tout récemment. Pourtant, le peuple mapuche a une histoire vieille de 8000 ans et occupaient le territoire revendiqué avant l’arrivée des colonisateurs européens. Ils vécurent dans une paix relative jusqu’à la guerre de pacification de l’Araucanie, dans les années 1860, et furent ensuite dépossédés de leurs terres.

L’exploitation à grande échelle de ce peuple s’est poursuivie avec force sous la dictature du Général Pinochet, soit de 1973 à 1990. Les 200 000 hectares restitués aux Mapuches par le gouvernement Allende leur furent confisqués par les militaires au pouvoir. La dictature céda le territoire saisi pour une bouchée de pain à des colons, aux entreprises nationales et multinationales.

Il aura fallu attendre jusqu’en juin 2017 pour que la présidente en poste, Michelle Bachelet, formule des excuses officielles au peuple mapuche pour tous les torts faits par le passé. Au début de son second mandat, en 2014, elle avait renouvelé sa promesse faite en campagne électorale de ne plus appliquer la loi antiterroriste au peuple mapuche. Rappelons que cette loi a été continuellement en vigueur sous la férule militaire des années 70 et 80 au Chili.

Non seulement les excuses n’ont pas eu de suites concrètes, mais cette législation continue de s’appliquer. Ainsi, en septembre 2017, 8 leaders mapuches furent arrêtés en lien avec un supposé trafic d’armes entre le Chili et l’Argentine. Cette machination ne fut mise au jour qu’en février 2018, ce qui constitue une autre preuve de la volonté des autorités chiliennes de criminaliser le peuple mapuche et ce, peu importe le parti politique en place à la Présidence de la République. D’ailleurs, cette situation inquiète au plus haut point la Rapporteuse spéciale des Nations Unies sur les droits des peuples autochtones, comme le signalait un rapport publié en août 2018.

Malgré les embûches, les abus et le temps, la nation mapuche n’a pas pour autant cessé d’exister. On recensait, en 2017, quelque 2 millions de Mapuches, dont 250 000 vivent en Argentine, principalement dans la région voisine du Chili. Le reste, soit 1,8 million, représente 10 % de la population totale du Chili. L’exode a fait son œuvre, avec près de la moitié des Mapuches vivant à Santiago. Cependant, au moins 600 000 résident encore en Araucanie.

Lors de sa visite au Chili, plus particulièrement en terre mapuche, en janvier 2018, le pape François a déclaré ce qui suit : «Une reconnaissance mutuelle ne peut pas se construire avec de la violence et des destructions qui finissent par coûter des vies humaines. On ne peut demander de reconnaissance en détruisant l’autre, car la seule chose que cela provoque, c’est davantage de violence et de division.»  En réaction au discours du souverain pontife, le chef mapuche Carlos Pehuenche affirmait : «Je crois que nous voulons tous vivre en paix, nous voulons tous vivre tranquilles.» Un message simple, mais porteur de résonnances profondes.  Entre-temps, la longue marche du peuple mapuche se poursuit toujours.

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