Jean-Claude Landry Gazette de la MauricieJean-Claude Landry, février 2018

Combien de bons projets d’entreprise, individuels ou collectifs, sont demeurés à l’état de projet parce que leurs promoteurs ne disposaient pas d’un patrimoine financier et de revenus fixes jugés suffisants par les institutions d’épargne et de crédit? « Une banque, disait George Bernard Shaw, Prix Nobel 1925 de littérature, vous prête un parapluie quand il fait beau. »

Difficile de prétendre que les choses ont bien changé depuis l’époque du célèbre dramaturge irlandais. Les multiples refus de financement qu’avaient essuyé Les Échassiers de Baie Saint‑Paul, devenus depuis le prestigieux Cirque du Soleil, avant de s’adresser à la Caisse populaire des travailleurs de Québec (maintenant Caisse d’économie solidaire Desjardins) en témoignent. N’eut été de la confiance accordée par cette institution « à part » à la jeune troupe et à son projet « nouveau genre » de cirque, qui sait si ce qu’on a qualifié de fleuron québécois aurait vu le jour?

Apporter une réponse à des situations de ce genre et proposer une solution novatrice aux problèmes de nos régions et quartiers urbains dévitalisés, voilà les fondements de la mise en place, dans plusieurs régions du Québec, de fonds de crédit communautaire. Ces organismes, porteurs du concept de la finance solidaire, font en quelque sorte le pont entre un épargnant, individuel ou collectif, et un individu ou groupe, disposant de moyens financiers limités, en quête de financement pour réaliser un projet d’entreprise.

Le capital dont disposent les fonds de crédit communautaire provient essentiellement de sommes investies par des individus et organismes désireux de participer au développement du potentiel économique et humain de leur collectivité et de renforcer l’économie de proximité alors que l’économie internationale exerce une forte pression sur les économies locales.

Porteurs d’une approche différente en matière de crédit et financement, ces fonds accordent des micro-prêts sur la base d’une analyse financière, certes, mais également sociale et environnementale des projets qui leur sont soumis. Ils visent à assurer l’accès au crédit et l’accompagnement professionnel des individus tout en participant à la réduction des inégalités sociales au sein des communautés.

Chez nous, le Fonds communautaire d’emprunt de la Mauricie (FCEM) a été mis sur pied grâce aux démarches de personnes fortement engagées dans le développement économique et communautaire de notre région. En plus de collaborer avec de nombreux organismes locaux, notamment la Jeune Chambre de la Mauricie, Culture Mauricie et IDÉ Trois-Rivières, le FCEM est membre du réseau MicroEntreprendre, lequel regroupe les 15 organismes de crédit communautaire œuvrant au Québec. Du mois d’avril 2016 au mois de mars dernier, les organismes membres de ce réseau ont accompagné pas moins de 2 516 entrepreneurs et permis la création ou le maintien de 573 entreprises ainsi que de 1036 emplois.

Face à la frilosité des institutions bancaires conventionnelles qui, ajoutait Georges Bernard Shaw dans son propos sur les banques, « reprennent, quand il pleut, le parapluie qu’elles vous ont prêté alors qu’il faisait beau », la mise en place et le développement au Québec d’organismes de microfinance solidaire représentent indéniablement une réponse novatrice prometteuse pour le développement de nos communautés.

Qui plus est, ce nouveau modèle de financement introduit entre le créancier et le débiteur un nouveau paradigme de relations motivé par la solidarité plutôt que par le strict intérêt financier comme l’étaient le prêt conventionnel ou l’acte de charité prenant la forme du don.

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