Alain DumasAlain Dumas, janvier 2018

L’automne dernier, la Banque de Suède décernait le Prix Nobel en économie à deux économistes américains, William Nordhaus et Paul Romer, partisans de la croissance économique verte*. Selon Nordhaus, il est possible de concilier croissance économique et environnement avec un réchauffement de +3,5°. On est donc très loin du consensus des scientifiques, qui fixent ce seuil à +1,5°, sans quoi on assisterait à l’emballement incontrôlable du réchauffement.

Si, depuis la Conférence de Rio en 1992, les dirigeants ont misé sur le développement durable pour combattre le changement climatique, force est de constater que cette approche n’a rien donné. Les ressources naturelles et la biodiversité n’ont cessé de se dégrader. C’est devant ce constat accablant que la croissance verte a pris le relais du développement durable (notamment à l’ONU et à l’OCDE depuis 2007**).

Économie verte et capitalisme sont-ils compatibles ?

Selon le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE), l’heure est à la reconversion écologique des principaux secteurs économiques (agriculture, construction, énergies renouvelables, tourisme, recyclage, etc.), laquelle pourrait créer plus d’emplois que le capitalisme actuel d’ici 2050. Mais pour ce faire, des investissements de l’ordre de 1000 à 3000 milliards $ par an sont nécessaires.

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Une telle approche a de quoi nous rendre sceptiques. Car le capitalisme, qui repose sur la maximisation des profits, se nourrit de la croissance illimitée, laquelle n’est pas compatible avec la sauvegarde des ressources et de l’environnement. D’autre part, si les investissements doivent être « verts », les entreprises devront renoncer à verser des milliards $ de profits à leurs actionnaires (qui en attendent toujours plus). À moins que nos gouvernements subventionnent ces investissements, ce qui équivaudrait à un transfert de revenus de la population vers les entreprises privées. Il y a là une contradiction évidente entre les fondements du capitalisme et les objectifs d’une économie verte.

Le mythe de la croissance verte

La revue Foreign Policy rapportait les conclusions de trois études démontrant l’impossibilité d’une croissance économique (même « verte ») dans un contexte de sauvegarde de l’environnement. Les scientifiques nous disent que nous devrions diminuer notre consommation de ressources naturelles de 70 (actuellement) à 50 milliards de tonnes métriques par an pour préserver nos ressources naturelles de manière durable. Or, les études montrent qu’avec une croissance économique modérée (2 à 3% par an) et peu de changements dans notre mode de vie, notre consommation atteindrait 180 milliards de tonnes métriques par an d’ici 2050. Et même en augmentant la taxe carbone de 50 $ à 236 $ la tonne et en doublant l’efficacité d’utilisation de ces mêmes ressources, une autre étude établit notre consommation à 95 milliards de tonnes en 2050. Enfin, la troisième étude a montré qu’avec une taxe carbone de 573 $ la tonne, jumelée à une taxe sur l’extraction des ressources et sur une aide gouvernementale au développement technologique, notre consommation serait de 132 milliards de tonnes en 2050.

Bien que l’innovation technologique et la taxation du carbone soient des moyens utiles pour réduire notre empreinte écologique, ces solutions s’avèrent nettement insuffisantes. Il est clair que la sauvegarde de notre environnement doit passer par des changements radicaux dans nos modes de production et de consommation. Des restrictions doivent être imposées graduellement, mais vitement, pour limiter notre consommation de ressources naturelles.

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Notes:

*Le Prix Nobel en économie n’existe pas. Bien qu’il soit appelé ainsi, il s’agit plutôt du Prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel.

**The Economics of Ecosystems and Biodiversity (TEEB), PNUE, 2007. Green Economy Initiative, PNUE, 2008. A global green new deal, PNUE, mars 2009, OCDE, Déclaration sur la croissance verte, Juin 2009.

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