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Alice Grinand – Comité de solidarité de Trois-Rivières – juin 2020

Déjà trop lourd avant la pandémie, le boulet de la dette des pays en développement constitue dorénavant une catastrophe qui menace la vie de millions de personnes dans le monde. Alors que la COVID-19 fait ses ravages, plusieurs pays doivent en effet toujours consacrer plus d’argent au remboursement de leur dette que pour leur système de santé.

En conséquence, les ministres des Finances et les gouverneurs des banques centrales des pays membres du G20 annonçaient à la mi-avril un moratoire d’un an sur le service de la dette des pays les plus pauvres pour leur permettre de mieux surmonter les défis de la pandémie. Cette suspension n’est toutefois que partielle: sur les 32 milliards de dollars que 77 pays parmi les plus pauvres (dont 41 pays africains) auraient eu à rembourser, seuls 14 milliards de dollars sont concernés. Ces dettes sont détenues par des institutions financières internationales, mais aussi par des créanciers privés.

Le caractère temporaire de cette suspension était en outre largement souligné dans l’annonce du G20: les États devront toujours rembourser, mais plus tard. Cette réponse est peut-être même insidieuse puisque les intérêts augmenteront probablement. L’annulation de la dette des pays pauvres évoquée par certains, et même par le président français Emmanuel Macron lors d’une allocution télévisée, est donc encore loin des radars.

Face à cette déception, plus de 200 organisations de la société civile des quatre coins du monde appellent à un jubilé de la dette pour lutter contre la crise sanitaire et économique de la COVID-19. Les exigences: une annulation de la dette pour 2020, ainsi que des mesures d’urgence qui ne grossissent pas cette dette. Dans le même sens, des parlementaires du monde entier, dont Bernie Sanders, ont écrit au Fonds Monétaire International (FMI).

Alors que la majorité des pays en développement sont déjà aux prises avec des problèmes de pauvreté insoutenables, de nombreuses organisations internationales réclament l’annulation pure et simple de leurs dettes, aggravées par la crise de la COVID-19. Des prêts souvent accordés de manière plus ou moins immorale par des prêteurs plus soucieux de profits que de droits humains et d’intérêt général des populations.

La question de la dette extérieure des pays en développement et de son remboursement ne date pas d’hier. Déjà en 1987, Thomas Sankara, le charismatique président burkinabé déclarait à la tribune de l’Union africaine que « la dette ne peut pas être remboursée parce que, d’abord, si nous ne payons pas, nos bailleurs de fonds ne mourront pas. Soyons-en sûrs. Par contre si nous payons, c’est nous qui allons mourir ».

L’engrenage a commencé dans les années 80, lorsque le FMI est arrivé à « la rescousse » des pays englués dans des prêts qu’ils ne parvenaient plus à rembourser, en en proposant de nouveaux pour permettre le remboursement des anciens. Le prix: des taux d’intérêt élevés et la condition de mettre en œuvre les politiques dictées par le FMI soit, une réduction des dépenses publiques, la suppression des droits douaniers, les privatisations, etc. On parle ici des programmes d’ajustement structurels (PAS), qui au lieu d’arranger les choses les ont durablement détériorées.

Aujourd’hui, des dirigeants africains se trouvent toujours confrontés à ce triste choix dénoncé à l’époque par Sankara: choisir entre le remboursement de la dette et la vie de leurs concitoyens. La COVID-19 et la crise économique qu’elle a apporté dans son sillage accentue cette réalité; alors que les recettes des pays en développement décroissent, les dépenses vont crescendo.

D’après le Comité pour l’abolition des dettes illégitimes, la dette publique représentait 56% du PIB africain en 2018, alors qu’elle n’en représentait que 38% en 2010, et ces chiffres ne prennent en compte ni les arriérés de paiement ni les pénalités de retard. En 2002, la Conférence des Nations Unies sur le Commerce et le Développement (CNUCED) constatait pourtant l’échec des programmes d’ajustement structurel: « le nombre de personnes vivant dans l’extrême pauvreté a augmenté dans le cadre de ces programmes ». Pourtant, ce système perdure. Selon OXFAM, avant que ne surgisse la COVID, ce sont 113 pays qui s’apprêtaient à mettre en œuvre des mesures d’austérité, dont les hôpitaux sont les premiers à pâtir, sur incitation du FMI.

Malgré l’annonce de cette timide suspension, les pays éligibles ne se sont pas rués sur cette possibilité de moratoire. La raison? La peur des agences de notation, qui pourraient détériorer leur note souveraine, et augmenter ainsi les taux d’intérêt qui s’appliquent à eux.

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