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Daniel Landry – Comité de solidarité/Trois-RivièresInternational – Décembre 2020

La victoire électorale de Joe Biden le 3 novembre 2020 recèle une grande importance, tant pour les États-Unis que pour le reste du monde. Elle permet de tourner la page après quatre années de gestion populiste, improvisée, autoritaire et mensongère. Pour un nombre important d’États-unien(ne)s, cette victoire apporte un soulagement et donne l’espoir d’un « retour à la normale ».

Même une fois sorti de la Maison-Blanche, Donald J. Trump n’aura assurément pas dit son dernier mot. L’homme continuera d’insulter, d’intimider et de harceler ses successeurs par l’entremise de ses gazouillis quotidiens. Il continuera sans doute de nier sa défaite sur toutes les tribunes, se positionnant comme victime d’un complot gauchiste. Peut-être même cherchera-t-il à préparer un retour en 2024, bien qu’il y ait fort à parier qu’il soit de plus en plus isolé par l’establishment républicain. Les bonzes du parti ne souhaiteront possiblement pas revivre un second épisode de cette téléréalité indigeste. Le réel danger de l’ère post-Trump réside plutôt dans l’héritage laissé par ce 45e président. Au-delà de Trump, le trumpisme survivra. Il influencera la culture politique américaine pour des décennies. Depuis 2017, plus de 200 juges des cours fédérales ont été nommés par l’administration Trump (dont trois à la Cour suprême), la division partisane s’est exacerbée comme jamais et les idées d’extrême-droite ont même été légitimées. Surtout, la confiance dans les institutions a été grandement ébranlée. Que Trump revienne ou pas, la table est mise pour qu’un politicien analogue émerge dans les prochaines années.

Lors de son discours de victoire le 7 novembre, Joe Biden s’est présenté comme le guérisseur (healer) d’une Amérique meurtrie par les affrontements.

Dans un tel contexte, que doit faire le nouveau président Biden ? Après tout, ce sont plus de 70 millions d’électeurs qui ont voté pour Trump. Qui plus est, le Sénat demeure à majorité républicaine. Biden ne peut donc faire fi de cette division, sinon il risque d’attiser les tensions. Habilement, lors de son discours de victoire le 7 novembre, il s’est présenté comme le guérisseur (healer) d’une Amérique meurtrie par les affrontements. Tout indique qu’il cherchera donc à rassembler, quitte à nommer des républicains au sein même de son équipe. Selon toute apparence, il s’agirait d’une ingénieuse gestion de crise de la part d’un politicien d’expérience qui a toujours su rapprocher les partis, négocier et accepter les concessions. Intelligent procédé, mais tout de même risqué…

Car les risques de laisser en pan une partie du programme démocrate sont également immenses. Il est minuit moins une en ce qui a trait à la question des changements climatiques (peut-être même minuit et une). Retarder la mise en œuvre d’actions fortes dans ce domaine équivaut ni plus ni moins qu’à une avenue suicidaire pour une partie de l’humanité. Il en est de même des politiques pour lutter contre les inégalités socioéconomiques. Aux États-Unis, il urge de réintroduire une fiscalité plus progressive, de rendre les études supérieures plus accessibles et de donner plus de mordant à l’Obamacare. Enfin, vu leur rôle de superpuissance économique, les États-Unis devront également agir comme meneur sur la scène internationale, tant dans la lutte actuelle contre la pandémie de COVID-19 que dans les questions de cybersécurité ou de risques nucléaires.

À force de vouloir rallier les tendances opposées, l’administration Biden pourrait bien créer des insatisfactions profondes au sein même de sa base. Non seulement elle aura alors échoué à apaiser les tensions partisanes, mais elle aura aussi contribué à de nouvelles et dangereuses ruptures au sein même des progressistes américains, pavant ainsi la voie à un retour en force des républicains en 2022 et en 2024. Qui plus est, à force de vouloir modérer les réformes promises, cette administration pourrait tout simplement manquer la fenêtre d’opportunité climatique et contribuer à accroître les injustices et les inégalités criantes dans ce pays. Si le « guérisseur » Biden ne fait qu’accroître les souffrances du patient, la confiance dans les institutions ne s’en trouvera qu’encore plus altérée. Bien malin le prochain politicien qui saura alors annoncer un remède aux injustices américaines sans user de populisme.

 

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