Jean-Yves Proulx et Jean-Claude Landry, septembre 2015

Il y a de ça près de soixante ans, l’un des peuples les plus pauvres du continent, les Nègres blancs d’Amérique, prit les grands moyens pour enfin créer de la richesse. Ses citoyens décidèrent de mettre en commun le peu qu’ils avaient pour assurer à leurs enfants un meilleur avenir. On multiplia alors les écoles, on créa les Cégeps, le réseau des Universités du Québec apparut…

L’éducation était à l’époque considérée libératrice et l’ignorance, facteur d’esclavage. Tous les jeunes Québécois allaient avoir accès à un système gratuit d’éducation. On décida d’investir dans le développement de la plus grande richesse du pays : la tête de ses citoyens. Les dépenses ainsi encourues se retrouvèrent dans la colonne des investissements. « S’instruire, c’est s’enrichir » disait, à l’époque, le slogan du gouvernement du Québec.

L’investissement en valait le coup. Quelques années plus tard, le Québec prenait sa place dans l’économie mondiale. On y avait multiplié le nombre de penseurs, de techniciens, d’ingénieurs, de gestionnaires… capables d’édifier et de faire grandir l’une des plus puissantes entreprises de production d’électricité au monde… Les artistes québécois de la chanson, du cirque, de la musique, du cinéma allaient bientôt être reconnus à l’échelle planétaire.

En 2015, dit-on, les temps ont changé, les priorités aussi. L’éducation, de quête de savoir et d’émancipation qu’on lui reconnaissait, est devenue simple marchandise. On la retrouve maintenant dans la colonne des dépenses dans laquelle l’État coupe en dépit des études et des recherches qui démontrent les gains économiques et sociaux à faire en y investissant.

L’État n’aurait plus les moyens d’instruire et d’éduquer nos jeunes alors qu’on construit, à nos frais svp, des routes dans la toundra québécoise pour permettre aux entreprises internationales de venir extraire nos richesses naturelles qu’elles iront faire transformer par d’autres, ailleurs. Pour les attirer ici, on ratatine le ministère de l’Environnement et on n’hésite pas à signer des ententes internationales sur la double imposition afin de légaliser leur évasion fiscale… Au nom de l’équité intergénérationnelle…

À chacun maintenant d’acheter son propre avenir : REER, Régime d’épargne études, CELI, et autres régimes individuels d’épargne… s’il en a les moyens… Autant de façons de diminuer encore les recettes de l’État et de se priver de moyens et de ressources visant à soutenir la réussite scolaire pour tous.

Et si l’éducation était LE vrai moyen de créer de la richesse…ICI

Une étude tend à le démontrer…« …123 enfants de 3 ans issus d’un milieu très défavorisé furent aléatoirement répartis en deux groupes expérimentaux… Une soixantaine d’heureux élus se retrouvèrent alors scolarisés, durant 2 ans, dans une maternelle de très haut standing. Les autres restèrent dans l’indigente école de leur quartier. Au terme de l’étude, tous les enfants furent replacés dans leur milieu originel, puis évalués à périodes régulières. Les résultats montrèrent que les sujets du groupe expérimental surclassaient leurs homologues contrôles dans les domaines cognitif, affectif, professionnel et social. Ces différences étaient encore visibles 40 ans après la fin du programme… les enfants ayant bénéficié précocement, pendant 2 ans (!), d’une éducation enrichie, présentaient une plus grande réussite scolaire (65 % de bacheliers contre 45 %), un taux de chômage inférieur (24 % contre 38 %), un salaire médian mensuel plus rondouillet (1 856 $ contre 1 308 $), un moindre niveau de condamnation à de la prison ferme (28 % contre 52 %)… »

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