Par Réal Boisvert, mai 2017

Le mois de mai est le mois des assemblées annuelles de beaucoup de grandes corporations. Il donne à voir bien souvent le visage le plus navrant du capitalisme financier. Car le mois de mai est celui où les hauts dirigeants passent à la caisse.

Les patrons des grandes banques canadiennes notamment et ceux des grandes entreprises touchent des augmentations de salaires qui atteignent la démesure. Cela même si leurs émoluments se situent déjà dans la stratosphère. Par exemple, Alain Bouchard d’Alimentation Couche Tard empoche à lui tout seul autour de huit millions par année. Il gagne 403 fois le salaire de ses employés.

C’est dans ces eaux-là que se situent les appointements d’Alain Bellemare de Bombardier. Oh certes, cédant à la pression populaire, il a accepté de reporter une partie de la gratification salariale qu’on lui a récemment accordée. Mais il reste que l’évaluation de sa performance comme celle de ses semblables est basée sur des indicateurs particulièrement toxiques. En effet, les conseils d’administration à qui ils sont redevables ne les récompensent pas au motif qu’ils ont contribué à la création d’emplois ou qu’ils ont excellé en matière de développement durable. Non, un seul chiffre a de l’importance au tableau de bord de leur entreprise, soit celui de la valeur des actions. Et cette valeur varie en fonction directe des bénéfices immédiats qui eux-mêmes sont reliés à l’abaissement de la masse salariale, les licenciements massifs, la délocalisation et les considérations minimales en matière de protection environnementale.

Dans tout ça, puisque la recette pour gonfler la valeur des actions semble relativement simple, on pourrait se demander pourquoi payer si cher pour attirer les meilleurs gestionnaires? Certes, il faut y mettre le prix pour attirer les plus durs en affaire. Mais ceux-ci sont-ils pour autant les meilleurs? La gestion de la crise à laquelle a fait face Bombardier a été lamentable. Les torts causés à l’image corporative de l’entreprise n’ont certes pas fini de se manifester. Dans ce contexte, que vaut aujourd’hui sur le marché la cote d’Alain Bellemare? Il y a fort à parier qu’elle a du plomb dans l’aile…

Maintenant, au strict point de vue moral, comment justifier le fait qu’un individu se voit octroyer une rémunération si excessive? Passé quelques centaines de milliers de dollars par année – pour rester dans les paramètres de la charité chrétienne – que fait-on avec autant d’argent? N’y a-t-il pas une limite à nager dans l’opulence? Et puis, en offrant toujours plus d’argent à ceux qui en ont déjà trop, combien de personnes se voient-elles refuser le nécessaire?

Il faudra bien un jour freiner ce régime outrancier. Car il est indécent de tolérer que tant de richesse s’empile dans l’escarcelle d’une minorité de gros bonnets. En plus, l’accumulation de sommes aussi faramineuses entre des mains si cupides est un honteux gaspillage. Et le premier gestionnaire venu le dira, le gaspillage mène à la faillite.

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