Lauréanne DaneauLauréanne Daneau, directrice générale, Environnement Mauricie, janvier 2019

Un projet de gazoduc souterrain de 750 km visant à transporter du gaz naturel du nord-est de l’Ontario à une future usine de liquéfaction d’Énergie Saguenay, en passant par l’Abitibi-Témiscamingue et la Haute-Mauricie, sera soumis à une étude d’impact environnemental. En vertu de la nouvelle Loi sur la qualité de l’environnement, toute personne, tout groupe ou toute municipalité peut faire valoir au ministère de l’Environnement (MELCC) ses observations sur les enjeux que l’étude d’impact devrait aborder. La période de consultation électronique est du 19 décembre au 18 janvier 2019.

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La construction du gazoduc et de l’usine Énergie Saguenay, un projet d’une valeur de 14 milliards $, permettrait d’exporter jusqu’à 11 millions de tonnes de gaz naturel annuellement vers les marchés européen et asiatique. L’échéancier prévoit une phase de planification et de conception devant se terminer en 2019, puis une phase de construction devant débuter en 2022 et se terminer trois ans plus tard pour faire place à la phase d’exploitation des nouvelles infrastructures.

La Gazette de la Mauricie
Corridor à l’étude pour le tracé du gazoduc. Crédits: Gazoduc

La situation géopolitique favorise l’émergence d’un tel projet. D’un côté, l’Alberta et la Saskatchewan cherchent à exporter leurs surplus de gaz naturel, de l’autre, l’Europe veut réduire sa dépendance vis-à-vis la Russie en matière d’approvisionnement énergétique. Par ailleurs, dans la mesure où le gaz naturel remplacerait des sources d’énergie polluantes comme le charbon, le mazout et le diesel, le projet pourrait permettre une réduction des émissions de gaz à effet de serre (GES) et avoir un impact bénéfique sur la qualité de l’air.

Pour éviter les affrontements du type de ceux rencontrés dans le cadre du dossier d’Énergie Est, les promoteurs cherchent à obtenir une acceptabilité sociale, notamment en consultant en amont les intervenants du milieu, dont les communautés autochtones, pour convenir du tracé final. D’ailleurs, le projet de Gazoduq prévoit un trajet dans des zones où la densité de la population est faible.

Évaluation environnementale

Soumis à des évaluations multijuridictionnelles, ce projet doit répondre aux exigences du MELCC, possiblement du bureau d’audience publique sur l’environnement (BAPE), de la Commission de protection du territoire agricole du Québec et de l’Office national de l’énergie (ONÉ).

Or, le projet a été scindé en deux – le gazoduc porté par la société Gazoduq inc. et l’usine de liquéfaction de GNL Québec – ce qui complique son évaluation globale. Si le BAPE est saisi du projet, il doit pouvoir l’évaluer depuis l’extraction du gaz naturel jusqu’à son utilisation pour bien tenir compte de tous ses impacts environnementaux. À titre d’exemple, l’exportation du gaz naturel par la voie navigable aura pour effet d’augmenter le trafic maritime sur la rivière Saguenay. Chaque année, ce sont 160 navires-citernes de plus, des méthaniers de près de 300 m de long, qui remonteraient cette rivière hautement importante pour les bélugas.

Devant le discours ambitieux des promoteurs, qui présentent le gaz naturel comme une énergie de rechange pour des énergies polluantes, l’évaluation environnementale devra s’assurer que les gains pour le climat sont réels. La prise en compte des impacts liés aux fuites de méthane – 70 % plus polluant que le CO2 – et à la proportion des gaz naturels issus d’exploitation non conventionnelle, comme le gaz de schiste, pourraient avoir pour effet d’annuler les avantages que présente le projet sur le plan de la lutte contre les changements climatiques.

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