Louis-Serge Gill, février 2018

Tous les trois ans, l’Institut de recherche en économie contemporaine (IREC) publie un rapport indiquant la part du large éventail d’activités financières et d’investissements responsables. Si leur dernière publication à l’automne 2017 dénote une progression de la finance responsable (hausse de 168 milliards de dollars entre 2013 et 2016), force est de constater qu’une ambivalence demeure.

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Portrait de la finance responsable

La majeure partie des finances responsables se situe dans les actions diverses (46,6 %) et la tendance est à l’évitement de secteurs jugés négativement, entre autres le tabac, l’armement, les énergies fossiles et la pornographie. En misant sur des critères environnementaux et humains (droit du travail, par exemple), les entreprises désireuses d’investir de manière responsable sont confrontées à un rigoureux travail de recherche, de compréhension des enjeux, voire même à la nécessité de se doter d’une politique particulière. Ainsi, ces décisions reposent parfois sur des institutions gouvernementales, comme la Caisse de dépôt et de placement du Québec (CDPQ), ayant déjà élaboré une politique en la matière.

Le PDG de la Caisse de dépôt et de placement du Québec, Michael Sabia, a refusé de s’engager à ne plus investir dans les entreprises qui ont recours aux paradis fiscaux malgré l’existence d’une politique d’investissement responsable au sein de l’organisation.
Crédits : Pixabay

Le cas de la Caisse de dépôt et de placement du Québec

Les deux premiers principes et convictions qui guident cette politique s’énoncent comme suit : 1) « La Caisse est un investisseur à long terme. À titre de partenaire, la Caisse encourage les sociétés à adopter des politiques et des pratiques responsables » ; 2) « Pour la Caisse, la diversification est importante pour tirer profit des marchés financiers, assurer une saine gestion des risques et produire les rendements attendus. » L’ambivalence est certaine : en tant que gestionnaire de portefeuilles, la CDPQ doit veiller au bon rendement et à la fructification des divers investissements, tout en maintenant ses multiples engagements « responsables ». À ce titre, la CDPQ a mis sur pied une stratégie d’investissement en contexte de changements climatiques, notamment en privilégiant une « transition vers une économie sobre en carbone de manière concrète et constructive, en apportant notre contribution d’investisseur à ce défi mondial. » Pour illustrer l’ambivalence, rappelons que le 25 mai 2017, Alexander Shields, du journal Le Devoir, rapportait une augmentation des investissements de la CDPQ dans le gaz, le pétrole et les énergies fossiles qui totalisent 16 milliards de dollars.

D’ailleurs, un peu avant l’été 2017, la CDPQ a essuyé de vives critiques pour le maintien de certaines activités dans des paradis fiscaux. En août, avant la publication des Paradise Papers, la Caisse proposait une politique de fiscalité internationale. Aux dires de ses dirigeants, se retirer rapidement de ces secteurs d’activités n’est pas une mince affaire. Ainsi, l’organisation gouvernementale privilégie une posture médiatrice dans la mesure où elle assure un retrait progressif et cherche à influencer les autres investisseurs en ce sens.

Cette zone grise dont font état le rapport de l’IREC et le cas particulier de la CDPQ, de quoi est-t-elle le symptôme ? Doit-on chercher dans l’engouement pour les pratiques responsables un nouvel intérêt plus en phase avec les perceptions néolibérales et moins en accord avec le développement financier au nom du bien commun ? Nous pourrions aisément en déduire que la sectorialisation croissante de l’économie et l’éparpillement des actifs dans diverses spécialisations, parfois contradictoires, constituent le « double tranchant » de la finance responsable, car il devient alors difficile de savoir où va réellement l’argent investi.

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