Éliane Landry Proteau, mars 2018

Après plusieurs recherches, c’est sous forme de roman que l’auteure Michèle Ouimet nous expose en détail la vie en résidence pour personnes dites « âgées » dans son plus récent livre L’heure mauve.

L'heure mauve
Crédits: Les éditions du Boréal

Autour de six personnages principaux provenant de tous les milieux (bénéficiaires, propriétaire, préposés) et de nombreux autres, nous suivons cette journaliste, Jacqueline Laflamme, propulsée à la retraite et nouvellement installée au Bel Âge. Cette résidence fictive privée, située à Outremont, est cotée parmi les plus en vogues, les plus cossues. Nous entrons dans leur intimité, dans leurs états d’âmes et surtout dans un changement de vie radical et pas toujours agréable qui en fait déchanter plus d’un. Une vie plus paisible, vécue dans le grand confort et offrant de nombreuses possibilités d’épanouissement… c’est tout le contraire qui se produit : réglementation absurde, nourriture infecte, organisation déficiente, le tout à fort prix. Alors il n’en faut pas plus à Jacqueline Laflamme pour partir en guerre.

Ce roman, pris au premier degré, nous donne un bon topo de ce qui se passe dans plusieurs de nos résidences privées et publiques au Québec. Selon leur état de santé, les bénéficiaires sont classés sous diverses étiquettes : d’autonome à nécessitant une supervision constante. Une réglementation pour tous sans exception, dans tous les domaines, est-ce vraiment souhaitable ?

Le second degré nous amène à une réflexion profonde sur l’absurdité de vouloir nécessairement « parquer » nos aînés dans ces endroits au nom de la « sécurité de la personne » pour les uns et de la « sécurité d’esprit » pour les autres. C’est ici un enjeu capital, social et moral de taille. Un roman « coup de poing » qui nous fait nous questionner et qui nous ébranle. Un débat à refaire. Des organisations à revoir. Un manque d’intérêt criant. De se sentir emprisonné et encabané dans une routine peu joyeuse, est-ce une fin de vie rêvée ? C’est comme si, du jour au lendemain, l’être humain perd ce qu’il a été toute sa vie. Il devient amorphe, il n’existe plus et attend la mort. Comme si, une fois arrivé à un certain âge, ni le gouvernement ni la société n’avaient encore besoin de nous. Est-ce de cette façon que nous voulons finir notre vie ?

En bonne santé – et ils sont très nombreux à l’être–, nos aînés font partie de notre société. Alors pourquoi vouloir les isoler, les placer et les visiter seulement quand bon nous semble pour nous donner bonne conscience ? Nous serons les prochains : tenons-nous vraiment à vivre notre fin de vie de la sorte ? Il s’agit d’une problématique humaine très actuelle, dont Michèle Ouimet tente de nous faire prendre conscience – et elle y parvient parfaitement.

Michèle Ouimet. Crédits: Les éditions du Boréal

L’auteure

Michèle Ouimet est chroniqueuse depuis 1989 à La Presse. Elle a couvert les zones de guerres un peu partout sur le globe. L’heure mauve est son deuxième roman. Elle prendra sa retraite en mai prochain et compte écrire de nombreux autres romans.

LAISSEZ UN COMMENTAIRE

Please enter your comment!
Please enter your name here

For security, use of Google's reCAPTCHA service is required which is subject to the Google Privacy Policy and Terms of Use.

I agree to these terms.