Magali BoisvertPar Magali Boisvert, juin 2018

J’ai lu la semaine dernière, pour le plaisir, le livre Être face à la rue, de Jean-Marie Lapointe, livre écrit pendant et après le tournage de la série documentaire du même titre,  qui a bouleversé le Québec. Jean-Marie Lapointe, homme aux mille talents (auteur, animateur, conférencier, athlète et j’en passe) a, dans le cadre du tournage de cette série diffusée sur les ondes de MOI & cie., accompagné des personnes en situation d’itinérance dans les rues de Montréal.

Ce témoignage de Jean-Marie, rédigé lors de la  production des 13 épisodes de la série, se démarque d’emblée par la grande honnêteté de son auteur. Jean-Marie ne prétend pas être mieux placé que ceux qu’il aide, car il aborde dès les premières pages ses propres troubles passés, ses idées noires et ses passes difficiles. C’est pour cette raison qu’il ne se présente pas à ces personnes comme un homme qui les plaint, mais bien comme un ami qui comprend en partie la détresse qui peut les habiter. Jean-Marie l’écrit souvent au fil des pages de ce témoignage : ça aurait pu être lui, assis sur ce trottoir, au froid, entouré de neige, sans ressources. Ça pourrait être n’importe lequel d’entre nous.

La lecture de ce livre a prise pour moi l’allure d’un sprint – métaphore qui sied bien à cet athlète. Chaque chapitre est court et présente une ou plusieurs personnes en situation d’itinérance que l’auteur a rencontrées avec son équipe de production. Le tout est décrit de façon très humaine, très franche et même amicale. (La littéraire en moi n’a pas pu s’empêcher d’écarquiller les yeux en voyant à la fin d’un chapitre un petit émoticône souriant, comme s’il nous textait de façon bienveillante.)

Ce qui est resté après ma lecture d’Être face à la rue, c’est l’insistance qu’apporte l’auteur à faire comprendre aux lecteurs que ces gens avec qui il a tissé des liens, ce sont pas la faim et le froid qui les affligent le plus, mais l’isolement. Pour eux, un simple sourire et un bonjour amènent une chaleur là où aucune couverture ou café ne peut le faire.

Jean-Marie propose aussi une vision de cette réalité totalement dénuée de jugement. Il répond à l’une des interrogations les plus communes par rapport à l’itinérance : mais si je donne de l’argent à ces gens, qui sait s’ils n’iront pas s’acheter de la drogue ou de l’alcool avec ? En tant qu’humaine et lectrice, sa réponse m’a étonnée : il dit, vous, lorsque vous passez une mauvaise journée, qui vous blâmerait si vous preniez un verre. Ces gens vivent avec une détresse immense et le jugement qu’on leur impose leur nuit plus qu’il ne les aide.

J’ai quitté Être face à la rue avec un regard totalement différent. Ce livre m’a permis de ne plus avoir peur de ces gens, de ne plus avoir peur de les saluer. Ne serait-ce que de les regarder comme des êtres humains et non pas comme un mur de briques, invisibles dans le décor de la ville.

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