Valerie Delage Gazette de la MauricieValérie Delage, janvier 2017

En tant qu’intervenante d’un organisme communautaire, j’accompagne des jeunes du primaire qui grandissent dans un secteur vulnérable en visant à ce que chacun d’eux développe au mieux son potentiel. Personnellement, je les trouve tous attachants pour des raisons différentes, je m’inquiète de leur avenir, j’espère qu’ils trouveront leur voie et seront heureux, sans pouvoir présumer des effets qu’auront mes interventions sur leur vie future.

Brian, un jeune espoir de 16 ans, a grandi dans un quartier plus vulnérable. Il en a parcouru du chemin depuis l’enfance! Aujourd’hui, il termine son secondaire 5 et prépare activement son entrée au programme DEP Santé et assistance en soins infirmiers. Ce parcours a de quoi rendre fière Valérie Delage qui, en plus d’être une de nos chroniqueuses, est intervenante dans un organisme communautaire du quartier de Brian. Crédits : Dominic Bérubé
Brian, un jeune espoir de 16 ans, a grandi dans un quartier plus vulnérable. Il en a parcouru du chemin depuis l’enfance! Aujourd’hui, il termine son secondaire 5 et prépare activement son entrée au programme DEP Santé et assistance en soins infirmiers. Crédits : Dominic Bérubé

Toutefois, certains de ces enfants viennent parfois nous dire combien notre équipe a fait une différence dans leur vie. J’en suis toujours à la fois très surprise et émue! C’est le cas de Brian qui, à maintenant 16 ans, termine son secondaire 5 et prépare activement son entrée au programme DEP Santé et assistance en soins infirmiers.

Je me souviens de lui comme d’un jeune qui se préoccupait toujours des plus petits ou des plus «faibles ». Mes collègues et moi, on faisait alors des blagues en disant qu’il voulait prendre notre place et qu’il serait éducateur spécialisé plus tard, tout en nous inquiétant de ses comportements parfois impulsifs et du mal-être qu’il dégageait alors. « J’étais comme un volcan qui voulait exploser », confirme Brian. Il a cependant appris à canaliser ses impulsions. Il manifeste aujourd’hui beaucoup de sérénité et de lucidité tout en ayant appris à utiliser son naturel altruiste de façon positive.

Mais quelle a été sa motivation à se tourner vers les soins infirmiers plutôt que l’éducation? « Quand j’étais jeune, j’ai subi plusieurs interventions à l’hô- pital. D’une certaine façon, j’aime me retrouver là, c’est un endroit où il y a plein de sujets à découvrir. Oui, en éducation spécialisée ou en enseignement, il y a des choses à apprendre, mais, dans le domaine de la santé, t’es encore plus proche du monde, tu guéris la personne, t’apprends à vivre avec. C’est comme si tu faisais un peu partie de sa famille. » Fort du soutien qu’il a lui-même reçu, il voit son rôle comme une façon d’aider les autres, en souhaitant qu’eux aussi seront reconnaissants de cette aide et voudront redonner à leur prochain.

Comment un jeune homme motivé par des valeurs humaines perçoit-il le domaine des soins infirmiers, dans un contexte où le personnel des services de santé croule sous les tâches et semble à bout de souffle? « Présentement, ils ont beaucoup trop de pression et ne sont pas assez nombreux pour satisfaire aux besoins des patients », dit-il. « Je trouve que c’est injuste de travailler dans des conditions comme ça, car tout le monde a besoin de gens pour les soigner, leur donner de la chaleur humaine, mais le gouvernement a de la difficulté à comprendre ça […] Il y a beaucoup de gens qui décrochent, alors si la relève quitte aussi parce que c’est trop dur, qui va assurer les services de santé aux personnes malades? »

Si Brian avait un conseil à donner au ministre Barrette, ce serait« qu’il prenne le temps d’écouter ce que les travailleurs de la santé ont à dire et réponde à leurs besoins. C’est beau l’austérité, mais le fait que le gouvernement coupe partout, ça va juste engendrer des problèmes. »

Avouez qu’il y a de quoi être fière : avoir contribué à faire grandir un si beau jeune homme, éveillé aux réalités de la vie et sensible aux autres. Et Brian de conclure sur une note de sagesse que j’aurais aimé avoir à son âge et qui ravive mon espoir en l’avenir : « Le changement, ça ne se fait pas en claquant des doigts, ça prend de la persévérance, comme le jardin collectif qu’on a construit ici dans le quartier. Maintenant il est super beau, mais ça a pris beaucoup de travail! »

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