Soraya Kettani – Opinion – avril 2021

À Trois-Rivières, la course aux élections municipales du 7 novembre prochain commence à peine à esquisser quelques reflets, mais elle est encore loin de faire grossir ses reliefs, tout comme elle demeure lointaine des préoccupations des citoyens. Une course qui se jouera dans les urnes, mais qui ne devra pas se déjouer de l’enjeu de la vitalité démocratique qui semble de plus en plus s’amenuiser.

Hôtel de Ville, Trois-Rivières – Crédits : Dominic Bérubé

Se tient comme chaque mois de novembre aux quatre ans, un premier dimanche électoral municipal, à l’occasion duquel une partie de la compétence citoyenne performe dans l’exercice électoral. Des élections qui se tiendront, très certainement, dans le contexte des contraintes imposées par la crise sanitaire. Et comme pour chaque année électorale, le sujet attire l’attention, tant les enjeux sont cruciaux. Mais la participation citoyenne n’est toutefois pas convaincante en comparaison aux élections générales. Si on rajoute à cela la faiblesse des compétitions électorales, la vitalité démocratique est pour le moins préoccupante. Pourtant, les candidats municipaux incarnent un levier de proximité souhaitable pour tous les citoyens. À Trois-Rivières, le taux de participation en 2013 n’était guère plus de 50%, et en 2017, moins de 38 % des électeurs ont voté aux élections partielles.

Les études sur la question ont démontré que plus un électeur entreprend de suivre l’actualité, plus sa compréhension du monde politique est élevée, et plus sa participation électorale est renforcée. Il est constaté que la participation électorale devient une préoccupation d’envergure sur le plan mondial, tant les mobilisations sont en recul, notamment dans les pays industrialisés. Et cela malgré la dynamique sans précédent des champs de transfert de la connaissance. Les politiques publiques à ce sujet jouent un rôle dominant.

En 2017, le directeur général des élections du Québec ainsi que les municipalités avaient investi des efforts notables pour rappeler l’importance du vote. Une campagne publicitaire avait d’ailleurs marqué les esprits dans cet effort de soutien à la nécessité du vote. De son côté, la greffière de la Ville et présidente d’élection de Trois-Rivières, Yolaine Tremblay, avait demandé aux médias d’appuyer de leurs efforts la réussite des élections municipales. Son équipe avait dédié aux moins de 35 ans une attention plus grande. Des capsules ont été conçues, des vox pop ont été montés, un guide de l’électeur avait été soigneusement élaboré, et des slogans attractifs avaient été scandés. Tout pour concourir à la stimulation de l’intérêt des citoyens à se diriger vers l’isoloir.

Initialement, cet effort s’annonçait efficace. Toutefois, un effort supplémentaire d’éveil à la compétence citoyenne doit être durablement investi dans le temps, à travers activités diverses, pour ancrer de mieux en mieux l’intérêt à la participation citoyenne. Se contenter des simples périodes électorales semble devenir de plus en plus pénible, et produire de moins en moins d’effets. Cette préoccupation à rehausser l’intérêt pour la chose publique et politique doit être formulée en tenant compte du contexte de fragmentation des connaissances au milieu du large spectre de l’offre médiatique. La cristallisation de l’information dans l’univers des réseaux sociaux n’est pas sans conséquence. L’environnement médiatique n’impose plus des choix restreints pour les usagers, certes, mais bien que l’offre  soit abondante, elle ne participe toutefois pas à rehausser l’intérêt envers la chose politique.

Soulignons de plus que la conscientisation politique est en baisse auprès des jeunes adultes, pourtant, très exposés médiatiquement, mais qui agissent par évitement et personnalisation des contenus consommés. Des études estiment d’ailleurs que si les jeunes avaient un niveau d’information équivalent à celui de leurs aînés, cela aurait pour conséquence d’augmenter au moins de 14% leur participation électorale. Le manque d’orientation et d’information qualitatives est l’une des raisons majeures invoquées pour expliquer l’abstentionnisme des électeurs, celui-ci étant de 54 % pour les jeunes. Notons que la population de la tranche des 20- 44 ans à Trois-Rivières est supérieure à la population de la tranche des 45-65 ans, respectivement de l’ordre de 1 055 140 et 888 205 individus, selon le dernier recensement.

Il est vrai que l’attachement du personnel électoral à vouloir hausser le taux de participation aux scrutins est un fait rassurant. Il pourrait d’ailleurs être recommandé aux gouvernements de poser certaines actions à même de cultiver la connaissance des systèmes politiques et électoraux, à l’endroit d’un public ayant grandement besoin d’être éclairé sur son rôle d’acteur de sociétés démocratiques. Un effort actif et permanent des gouvernants pour la valorisation des institutions et des acteurs qui y œuvrent permettrait de hausser le niveau de compétence citoyenne, notamment électorale. Une participation accrue aux élections municipales de novembre prochain aurait pour effet, à tout le moins, de revaloriser l’action démocratique.

Sources

Ministère de la municipalité et d l’habitation du Québec

Cahier de recherche électorale et parlementaire, Num 20, février 2021

Élections Canada : www.elections.ca

 

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