Élise-Laurence Pauzé-Guay, Coordonnatrice à l’innovation sociale- Pôle d’économie sociale Mauricie, novembre 2018

 « Du secteur manufacturier à la technologie de l’information en passant par les médias ou encore l’agroalimentaire, l’économie sociale québécoise se décline en 20 secteurs économiques différents. On y compte 7000 entreprises, coopératives et OBNL qui comptabilisent plus de 150 000 emplois. L’économie sociale au Québec génère plus de 17 milliards de dollars annuellement, ce qui équivaut à presque 8% du PIB de la province québécoise » (Chantier de l’économie sociale, 2013).

 

Plus qu’un mouvement émergent, l’économie sociale est un puissant moteur économique qui permet un développement et une revitalisation des territoires, ancrés dans les réalités humaines et sociales des milieux. Plus largement, l’économie sociale est un moyen pour appréhender autrement les enjeux sociaux, en marge des propositions capitalistes qui, sur certains dossiers, prouvent leurs inefficiences. Plus encore, elle est un espace de développement qui s’enracine dans la mobilisation et la délibération citoyenne et dans un système d’innovation sociale. Pour le présent article, nous explorerons ce modèle d’entrepreneuriat collectif sous l’axe précis de notre rapport à la question alimentaire : manger, produire, construire une relation entre la terre et le citoyen… Et si tout ça pouvait se vivre dans une économie plus humaine ?

Les préoccupations à l’égard de l’occupation des territoires prennent une place, plus ou moins prioritaire, sur les échiquiers politiques. Parfois occultés dans les réflexions, les milieux ruraux et les régions doivent se prendre en main pour éviter les masses d’exode et la dévitalisation des milieux. L’économie sociale, par la prise en charge de ses fondements par les citoyens, est souvent particulièrement bien positionnée pour répondre aux besoins des occupants du territoire. Ses entreprises sont porteuses d’une logique et d’une vision de développement différentes, ancrées dans les besoins des communautés et qui intègrent davantage les préoccupations économiques, sociales, politiques, culturelles, environnementales et ce, selon une perspective de développement durable. Des modèles probants de mutualisation, tels que les coopératives d’utilisation de matériel agricole (CUMA) et de mise en marché, comme les coopératives de solidarité de type marché public, sont quelques exemples de structures mises en place depuis des décennies pour soutenir la vitalité des territoires.

En parallèle, le Québec est actuellement le théâtre de l’émergence de formes novatrices de développement en agroalimentaire. Là encore, les entreprises qui sous-tendent ces nouvelles approches sont souvent sous forme de coopératives et d’OBNL, se définissent selon des valeurs sociales et solidaires et visent l’amélioration du bien-être collectif. Dans le livre Demain le Québec, on illustre cet élan comme suit : « Extraire, transformer, consommer, jeter. Notre modèle économique est un modèle de gaspillage, un non-sens sur une planète aux ressources limitées. Nous devons nous inspirer de la nature, où les résidus d’une espèce assurent les conditions de survie d’une autre, où tout est réutilisé dans un écosystème cohérent. C’est pourquoi une nouvelle vision d’économie circulaire émerge et se déploie partout dans le monde […] Comme la nature, notre économie peut fonctionner comme une grande roue qui tourne à l’infini. Il ne nous suffit que de l’imaginer pour en faire une réalité. » (pp. 50-51). Chez nous, en Mauricie, de nouvelles entreprises d’économie sociale émergent avec la volonté ferme de faire autrement. Nommons, en exemple, La Brouette- agriculture urbaine et écocitoyenneté, un organisme à but non lucratif qui œuvre au développement de l’agriculture urbaine et d’un mode de vie sain. Pensons également à la Coopérative La Charrette qui prône une agriculture durable et locale, en ayant à cœur la santé et le bien-être des collectivités et des écosystèmes. Aux quatre coins du territoire, des penseurs de demain développent des projets avec des propositions allant de l’alimentation à partir d’insectes, ou de glanage de champs en passant par l’utilisation du mycélium dans les nouvelles techniques d’emballage. Plus que jamais, les populations se font partie prenante du changement et choisissent l’économie sociale pour le faire.

La création d’une relève et d’une pérennité pour les entreprises est cruciale. Nos collègues de Pôles d’économie sociale au Québec se sont établis comme des acteurs structurants de ces réflexions, notamment à travers la question de la relève agricole d’un point de vue féministe au Centre-du-Québec et d’une Génératrice d’innovation sociale en agroalimentaire à Laval. Du côté de la Mauricie, le Pôle d’économie sociale Mauricie a mis sur pied l’activité de co-création et le parcours d’expérimentation Lab04 pour créer plus d’impact social sur nos territoires. La prémisse est simple : on porte tous une partie de la réponse en nous. À nous de jouer !

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