Julie Verreault, mars 2016

Partir de Wemotaci, situé à 105 km au nord de La Tuque, pour s’établir à Trois-Rivières constitue plus qu’un simple déménagement. C’est une véritable transplantation culturelle. La force qui a porté Diana Coocoo vers l’avant et l’a amenée à braver ses peurs était son désir de devenir un modèle pour sa fille et pour sa communauté. C’est ce qui l’a poussée à quitter son Wemotaci natal en 2009 avec sa fille et son conjoint pour poursuivre son rêve de devenir infirmière.

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Diana Coocoo, infirmière auxiliaire à Trois-Rivières

Sa première langue étant l’Atikamekw, le français, bien qu’appris depuis la 4e année, demeure pour elle une seconde langue dans laquelle elle est moins à l’aise pour s’exprimer mais surtout pour s’affirmer. Pour réussir ses études, il lui a fallu la maîtriser. Elle craignait aussi d’être victime de préjugés. Quitter sa communauté, c’est aussi quitter sa famille et tout son réseau social.

Qu’à cela ne tienne, Diana a surmonté les obstacles et foncé vers son but : « Au début, je me voyais toujours retourner très bientôt dans ma communauté, je croyais n’être que de passage à Trois-Rivières. J’ai fini par bien m’intégrer et être heureuse ici ». Au fil du temps, elle a grandement amélioré son français et développé un réseau social. Elle travaille actuellement comme infirmière auxiliaire à l’hôpital Sainte-Marie tout en complétant son DEC. Elle souhaite ensuite obtenir un baccalauréat en sciences infirmières et se spécialiser dans les soins d’urgence.

Lorsqu’elle était jeune, son grand-père est devenu aveugle. Elle a aidé sa grand-mère à lui prodiguer des soins et a servi d’interprète à l’infirmière, francophone. Cette expérience a été un déclencheur. Elle est certaine de retourner un jour dans les communautés autochtones, qui manquent de services en santé, afin d’y dispenser des soins de qualité dans sa langue maternelle.

Ses grands-parents lui ont aussi transmis l’amour de la culture Atikemekw. Forte de cette richesse culturelle, elle souhaite maintenant la partager dans sa ville d’adoption avec les membres des autres nations autochtones, mais aussi avec toute la communauté. Elle fait partie d’un comité qui travaille à l’organisation d’un Pow-Wow à Trois-Rivières. C’est un travail de longue haleine parce que leur comité est petit et que ses membres manquent de financement. Depuis l’ouverture du Point de Service pour les autochtones de Trois-Rivières, Diana Coocoo note que des activités s’organisent afin d’assurer la transmission de la culture. Le Pow-wow s’inscrirait bien dans cette lignée.

Pour Diana Coocoo, si la violence envers les femmes constitue un problème important dans les communautés autochtones, c’est la difficulté à s’exprimer en français et à prendre leur place dans la société qui demeure le principal obstacle à l’épanouissement des femmes autochtones : « À la maison, la langue parlée est l’Atikamekw. Je suis très heureuse que ma fille maîtrise aussi bien le français. Elle n’aura pas les mêmes difficultés que j’ai vécues pour s’intégrer. » Concilier la transmission de sa culture et l’impératif de maîtriser le français n’est pas chose facile. Parions que Diana Coocoo saura relever le défi.

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