Réjean Larocque, février 2017

 

En 1902, les pionniers de la Shawinigan Water and Power (SWP) doivent faire preuve d’une audace presque téméraire alors qu’ils entreprennent le spectaculaire projet de ligne de transmission Shawinigan-Falls / Montréal.

ALIMENTER MONTRÉAL EN ÉLECTRICITÉ

À sa création, la SWP ne vend que de l’énergie hydraulique à la Northern Aluminium Cie alors que l’usine Belgo n’est qu’à l’étape de construction. Néanmoins, la réalisation de la première centrale, Shawinigan-1, progresse à grands pas. Il faudra donc trouver un autre marché en attendant que la grande industrie énergivore n’envahisse les rives du St‑Maurice.

La population de Montréal explose, l’éclairage des rues lorgne du côté de cette nouvelle énergie électrique que l’on préférera au gaz. De plus, les rives du Canal Lachine s’industrialisent. Il y a là un marché important…mais aussi de la concurrence. Il faut faire vite.

Mais voilà, Montréal est à plus de 135 km de Shawinigan, aussi bien vouloir électrifier la lune! Mais on pourrait presque croire que pour ces pionniers la lune faisait partie des plans.

Cette carte des différents réseaux électriques au Québec en 1937 démontre à quel point la SWP et la rivière St-Maurice étaient au cœur du développement de l’hydroélectricité au Québec à l’époque. Crédits : UQAC
Cette carte des différents réseaux électriques au Québec en 1937 démontre à quel point la SWP et la rivière St-Maurice étaient au cœur du développement de l’hydroélectricité au Québec à l’époque.
Crédits : UQAC

La SWP joue alors très gros, peut-être même son avenir! Outre un affront sérieux à une réputation que l’on est en train d’établir, tout échec d’un tel projet de ligne entraînerait de sévères pénalités monétaires.

Le défi est colossal, l’entreprise comporte des risques inouis. En 1900, l’expérience nord‑américaine (Niagara à Buffalo) et étrangère en ligne à haute tension se limitait soit, à de bien plus courtes distances (entre 30 et 50 km) ou encore à de beaucoup plus basse tension que les 50 000 volts qu’exigera la distance de 135 km. Ce sera, selon toute vraisemblance, une première en Amérique pour ce qui est de la combinaison distance, tension et puissance.

La construction sur poteaux de bois, en terrain plat, ne présentait pas de problèmes plus complexes que ceux familiers aux constructeurs de l’époque. L’admirable audace des ingénieurs de la SWP fut de s’attaquer aux défis de conception de la ligne sous les aspects de stabilité de son comportement en cas de perturbation (court-circuit, perte de charge, coupure intempestive, etc). L’effet de ces phénomènes sur la stabilité d’un réseau de transmission croît précisément et abruptement avec la distance (135 km) et la tension (50 kv). Même de nos jours avec les modèles mathématiques informatisés la maîtrise de cette caractéristique d’une ligne électrique à haute tension demeure préoccupante

Voilà pourquoi l’épopée de cette première ligne est si admirable.

La ligne ne fut pas mise en service sans problèmes sérieux il faut bien le dire. Mais les concepteurs n’ont pas baissé les bras sous la pluie de plaintes et critiques de tous ordres. Ils se sont empressés de requérir une deuxième ligne juste à côté en vue de régler les problèmes de surcharge et délestage, entre autres. Quel cran et confiance aura-t-il fallu déployer pour justifier la construction d’une deuxième ligne alors qu’on éprouvait du mal à faire fonctionner la première correctement.

L’histoire aura une issue heureuse et la Shawinigan Engineering, ingénieurs-conseils maison et filiale de la SWP, deviendra une référence mondiale en conception et construction de lignes de transmission à haute tension.

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