Alain DumasPar Alain Dumas, novembre 2017

Nous sommes régulièrement inondés de statistiques sur l’état de santé de l’économie. Les chiffres sur le PIB (produit intérieur brut), la croissance économique (hausse du PIB ou revenu national) et le taux de chômage sont les plus diffusés.

Selon la plupart des économistes, la croissance économique devrait nous réjouir car elle indique une plus grosse production de biens, sensés répondre à nos besoins. La baisse du taux de chômage est aussi présentée comme un bonne nouvelle, car elle laisse entendre un plus grand taux de personnes au travail.


PIB
L’augmentation du produit intérieur brut (PIB) n’est pas synonyme d’amélioration de la qualité de vie. Les dépenses liées aux inondations du printemps 2017 au Québec ont occasionnées une augmentation du PIB. Crédits : Exile on Ontario St, Flickr

Or, le PIB ne dit pas tout. Parce qu’il est un indicateur quantitatif des productions rémunérées, le PIB ne compte pas les activités bénévoles et les travaux domestiques. Pas plus qu’il ne rend compte de la qualité des produits et services offerts, ni des conditions de vie de la population comme l’accès aux soins de santé ou à un logement décent.

Ainsi, le PIB comprend la production de produits qui ne comblent pas des besoins, parce qu’ils sont inutilisables (défauts) ou inutiles (armement). De même qu’il comptabilise les productions destructrices de l’environnement, souvent en accélérant le dépérissement des ressources essentielles à la vie humaine et animale, ce qui a pour effet de réduire la qualité de vie et le patrimoine naturel.

Le taux chômage cache le taux de sous-emploi réel

La croissance économique n’est pas non plus un gage d’équité économique. Depuis 30 ans, le tiers de la hausse du revenu national va aux 1 % les plus riches, en dépit d’une hausse quasi-constante du PIB. Cette situation s’explique par le sous-emploi réel et la décroissance des salaires réels dans le revenu national.

On a beau dire que le taux de chômage baisse, mais cela n’illustre pas une amélioration réelle de l’emploi. En Mauricie, on se réjouissait l’été dernier de la baisse du taux de chômage depuis un an. Pourtant, nous constations que le nombre d’emplois avait diminué de 5500 au cours de la même période. Alors que notre région affichait un taux de chômage inférieur à 6 %, le pourcentage de personnes à l’emploi avait diminué de 56,6 % à 51,5 %. Autrement dit, près de la moitié de la population régionale ne reçoit aucun salaire présentement, d’où le taux de pauvreté élevé en Mauricie.

Pourquoi donc cette baisse du taux de chômage ? Tout simplement parce que la détérioration de la situation réelle de l’emploi crée des chômeurs de longue durée qui, en cessant de chercher activement des emplois, ne sont plus considérés comme actifs par Statistique Canada, donc exclus des chiffres du chômage officiel.

Ce sous-emploi réel est encore plus élevé quand on y ajoute les emplois à temps partiel involontaires, ainsi que les chômeurs en attente d’un rappel au travail ou en recyclage. Statistique Canada, qui commence à s’intéresser à ce phénomène, évalue que le taux de chômage réel au Canada est de moitié supérieur au taux de chômage officiel.

De la croissance au développement humain

Parce que la montée des inégalités est associée à la croissance économique et que plus de la moitié des écosystèmes de la planète sont surexploités, la croissance maximale a-t-elle encore un sens ? Des économistes se rangent pour une croissance viable, stable et positive à long terme, mais dont les fruits seraient mieux partagés pour assurer un équilibre entre la croissance et le bien-être humain.

Est-ce réaliste ? Les études montrent qu’il n’y a plus de corrélation entre la croissance économique et le bien-être de la population au-delà d’un certain seuil de PIB par habitant. Aux alentours de 20 000$ par habitant, les indicateurs de bien-être comme l’espérance de vie, le degré de satisfaction et les indices du bonheur cessent de monter. Les indicateurs économiques posent donc un problème d’évaluation juste des progrès humains.

Pour combler les limites des indicateurs traditionnels, des chercheurs, dont l’ancien Commissaire au développement durable Harvey L. Mead, proposent un indicateur de progrès véritable (IPV) qu’il formule ainsi: IPV = PIB + (bénévolat, travail domestique) – (épuisement des ressources naturelles et des écosystèmes, coûts du sous-emploi).


Source:

Harvey L. Mead, Indice de progrès véritable du Québec, Multimondes, 2011.

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