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Alex Dorval – Décembre 2020 

Les 190 recommandations du rapport du Comité d’experts sur l’accompagnement des victimes d’agressions sexuelles et de violence conjugale (Rebâtir la confiance) visent entre autres à insuffler davantage d’intelligence émotionnelle et d’empathie envers les victimes dans les rouages du système de justice québécois. D’autre part, des applications proposent quant à elles de faire intervenir les avancées technologiques et l’intelligence artificielle dans la prévention des crimes de nature sexuelle et le renforcement des victimes.

Plus d’intelligence émotionnelle… et artificielle

Toujours quasi absentes du paysage numérique québécois (voir plus bas la jeune entreprise montréalaise Botler AI), les applications offrant des services aux victimes de violences à caractère sexuel ont fait leur apparition dans les dernières années sur la scène canadienne et internationale, notamment dans les milieux universitaires.

Les premières initiatives seraient nées en Inde (Safecity/Omdena, Savdhaan app) pour lutter contre une montée fulgurante des cas de viols collectifs. Ces applications utilisent la cartographie pour identifier des routes et zones à risques où des actes de violence à caractère sexuel ont été rapportés par les usagers et usagères de la plateforme. Mais des applis qui vont plus loin dans l’utilisation de l’intelligence artificielle (IA) ont émergé plus récemment.

Ces applications mettent à profit le croisement de métadonnées et les technologies de l’information, de la géolocalisation, de l’assistance vocale, du stockage de données sur nuage (infonuagique), et de l’IA par le recours à des bots informatiques (analyse rapide de commandes et de bases de métadonnées, diffusion d’information ciblée, dialogue, reconnaissance faciale), afin de prévenir des agressions et d’offrir du soutien et du renforcement dès les premiers instants aux victimes de violences sexuelles.

Toujours absentes du paysage numérique franco-québécois, les applications offrant des services de prévention et de renforcement aux victimes de violences à caractère sexuel ont fait leur apparition dans les dernières années sur la scène internationale, notamment dans les milieux universitaires.

Usafe

Née en 2017 sur le campus de l’Université de Saskatchewan, l’application Usafe permet aux victimes de harcèlement d’entrer rapidement en contact avec des personnes-ressources sur le campus et d’obtenir des informations sur l’aide qui s’offre à elles. L’application permet également d’entrer des données sur le profil de l’agresseur qui seront analysées et comparées avec celles enregistrées par les autres usagers et usagères, ce qui permet d’orienter les autorités vers des suspects potentiels.

App’elles

Cette application française offre un bouton d’alerte activé par le biais d’un bracelet connecté ou par le simple fait de tirer brusquement sur le fil de ses écouteurs. Un message est alors envoyé à trois contacts de confiance préalablement enregistrés par la victime. Comme pour la plupart des applis, la géolocalisation est disponible à condition d’avoir été activée préalablement.

Une fonction d’enregistrement par commande vocale permet à la victime d’archiver l’attaque en temps réel sur un nuage d’infos. Ce fichier audio vise à être utilisé comme preuve en appui au témoignage de la victime. Notons toutefois qu’une récente étude canadienne a démontré que les preuves numériques sont difficilement recevables encore aujourd’hui dans la plupart des tribunaux, le Canada ne faisant pas exception. Face à ce constat, l’avocat canadien Daniel Brown, spécialisé dans les cas de crimes sexuels, confiait à La Presse Canadienne qu’actuellement « l’authentification, la conservation et l’interprétation de ces preuves sont parmi les principaux défis. »

Botler AI

Cette application montréalaise a été créée en 2017 en réaction à la première vague #metoo et au cas Weinstein. Cumulant plus de 300 000 documents légaux, Botler AI fait l’analyse rapide de sa base de données massive pour permettre aux usagers et usagères d’identifier le cadre légal relatif à l’agression vécue.

Savdhaan app

Une des premières applications du genre, Savdhaan app a été conçue en Inde en 2011 en réaction à une hausse des cas de viols collectifs à New Delhi. Comme pour App’elles, Savdhaan app permet de faire un rapport consolidé de l’incident en enregistrant l’audio et le point de géolocalisation de l’agression.

Nex AI-

Cette application américaine destinée aux entreprises et organisations a vu le jour à Chicago et est maintenant utilisée par de grandes firmes aux États-Unis, au Canada et au Royaume-Uni. Ayant recours aux bots informatiques, Nex AI- analyse les échanges de courriels de tout le personnel de l’organisation et détecte la présence d’anomalie dans les fréquences, durées d’échange, choix de vocabulaire, etc. Ces informations ultrasécurisées sont préservées et peuvent être accessibles sur demande lors d’un dépôt de plainte par un membre de l’entreprise.

Dans le rapport québécois

Bien que le rapport Rebâtir la confiance ne mentionne pas l’existence de telles applications au Québec, on dénote toutefois la volonté affirmée de faciliter l’accès et le recours aux services technologiques tels que les téléphones grave danger (ou TGD), les systèmes d’alarme et les boutons panique : « Selon les membres du comité, le développement de ces outils de prévention doit être encouragé, de même que leur utilisation courante dans les cas où la personne a des craintes raisonnables pour sa sécurité, que la situation soit judiciarisée ou non. »

À ce jour, ces dispositifs ne sont disponibles que dans certaines villes du Québec et seulement une fois qu’un dossier judiciaire est officiellement ouvert. Le rapport suggère à cet égard une plus grande accessibilité : « Les cellulaires à vocation sécuritaire, les systèmes d’alarme et les boutons panique devraient être mis à la disposition des victimes de violence conjugale, et ce, même en l’absence de judiciarisation du dossier. »

Toutefois, pour que ces nouvelles technologies dévoilent leur plein potentiel, il faudra avant tout s’assurer que l’intelligence artificielle demeure au service de l’intelligence émotionnelle.

Sources

http://www.scf.gouv.qc.ca/fileadmin/Documents/Violences/Rapport-accompagnement-victimes-AG-VC.pdf (p.125)

https://ici.radio-canada.ca/nouvelle/805308/application-usafe-universite-saskatchewan-lutte-agressions-sexuelles-campus-violences

https://www.franceinter.fr/emissions/pas-son-genre/pas-son-genre-20-fevrier-2020

https://venturebeat.com/2017/12/06/botler-ai-launches-sexual-harassment-detection-bot-for-u-s-and-canada/

https://www.app-elles.fr/les_articles_de_presse_sur_l_application_app-elles_en.html

http://www.justice.gouv.fr/le-ministere-de-la-justice-10017/le-telephone-grave-danger-un-dispositif-en-plein-essor-33525.html

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