Stéphanie Dufresne – Septembre 2020 – Chronique société 

Depuis le mois de mars, le gouvernement fédéral verse 500$ par semaine à quiconque est sans travail en raison de la COVID-19. Près de 8,7 millions de Canadiens se sont prévalus de la Prestation canadienne d’urgence (PCU), qui prendra fin le 26 septembre prochain. Dernièrement, le premier ministre Justin Trudeau a mentionné que l’idée de fournir aux Canadiens un revenu de base faisait partie des discussions autour du plan de relance économique. 

Un revenu de base, par définition, sert essentiellement, pour celui qui le perçoit, à subvenir à ses besoins essentiels. Toutefois, lorsque l’on parle de revenu de base, plusieurs types de propositions peuvent être avancées selon l’objectif, les conditions d’admissibilité et la suffisance du montant octroyé pour satisfaire les besoins de ceux qui en bénéficient.

Dans un ouvrage sur le sujet, « Le revenu de base en question », Ambre Fourrier démêle le débat sur le revenu de base, qui est récupéré autant par la droite et la gauche du spectre idéologique. Ainsi, les partisans des politiques néolibérales appuient généralement un type de prestation au montant peu élevé et ne s’adressant qu’aux personnes les plus démunies. Cela encouragerait, selon eux, ces citoyens à travailler et ainsi assurer le bon fonctionnement de la société marchande.

À l’autre bout du spectre, le mouvement de la décroissance voit dans le revenu de base un outil de sortie du système capitaliste. L’instauration d’un « revenu de transition » inconditionnel, suffisant pour vivre, mais pas assez important pour surconsommer, servirait à réorienter notre énergie collective vers des activités choisies par la population plutôt qu’au service du grand capital. Cela permettrait aussi aux bénéficiaires de s’adonner à des activités non marchandes telles que l’autoproduction et le bénévolat et de s’investir davantage dans leur collectivité.

Un outil pour repenser la société

Il est désormais évident que le maintien d’une croissance économique démesurée est irréconciliable avec les limites biophysiques de notre environnement. À l’aube d’une deuxième vague de COVID-19, aurions-nous déjà oublié que c’est la perte d’habitats pour les espèces sauvages qui est à l’origine du virus ?

L’objectif de base de la PCU visait, dans l’urgence, à atténuer les effets du chômage et de la récession mondiale causés par la pandémie en offrant un soutien financier aux employés et aux travailleurs indépendants qui ont perdu leur gagne-pain. Elle s’apparente ainsi à une forme de revenu de base et aurait pu se transformer en un programme universel à plus long terme et visant d’autres objectifs, tels que la soutenabilité de nos modes de vie.

 L’instauration d’un « revenu de transition » inconditionnel, suffisant pour vivre, mais pas assez important pour surconsommer, servirait à réorienter notre énergie collective vers des activités choisies par la population plutôt qu’au service du grand capital.

Malheureusement, les modifications au régime d’assurance-emploi ainsi que les « prestations de relance économique » qui ont été annoncées pour remplacer la PCU ne laissent pas croire à une telle volonté. Elles ont pour seule fonction de stimuler la croissance économique ; les considérations écologiques sont encore une fois totalement ignorées.

La bonne nouvelle c’est que l’expérience du versement d’une prestation d’urgence aux citoyens par le Canada et plusieurs autres pays permettra bientôt d’avoir des données fiables sur l’influence du versement de cette forme de revenu de base sur les décisions individuelles. L’analyse des données sur des projets-pilotes de revenu de base au Manitoba et en Ontario avait conclu à des effets positifs sur la santé et sur la scolarité. Que vont nous révéler les données sur la grande expérience de la PCU ?

Cet été, j’ai vu des bénéficiaires de la PCU s’occuper de leurs parents âgés, entreprendre des projets d’autosuffisance, étudier, lancer de nouveaux projets, donner un coup de main aux récoltes, faire du bénévolat. J’ai vu des proches surmenés par le travail retrouver la santé et d’autres réduire leur consommation matérielle. J’ai entendu de belles histoires de personnes qui ont investi une part de la prestation à des causes dans leur communauté. Les gens nous étonnent lorsqu’ils se réapproprient leurs existences.

Les crises offrent aux gouvernements l’opportunité de mettre en place de grands changements. Il ne fait aucun doute que le revenu de base est un outil puissant pour modifier la société. Encore faut-il viser les bons objectifs.

Pour aller plus loin :

Ambre Fourrier (2019). Le revenu de base en question. Écosociété, 152 p.

Global News (3 septembre 2020). The case for universal basic income in post-pandemic Canada

Le Journal de Montréal (3 septembre 2020). Qu’est-ce que le revenu universel et pourquoi est-il sur toutes les lèvres?

Maclean’s (19 mai 2020). Will this pandemic’s legacy be a universal basic income?

Pressenza (5 août 2020). Pourquoi le revenu de base universel devrait-il être considéré comme un droit humain ?

Revenu de base Québec (page Facebook)

 

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