Alain DumasAlain Dumas – Économiste et chroniqueur à La Gazette de la Mauricie – mai 2020

Il va sans dire que la culture et les médias écrits sont essentiels dans notre société, et encore plus dans le contexte actuel de pandémie. Pendant que les artistes apportent un peu de réconfort et d’apaisement en offrant gratuitement des œuvres musicales, théâtrales et littéraires en ligne, ils sont paradoxalement parmi les plus touchés sur le plan économique. Alors que les programmes d’aide aux entreprises affluent, le soutien au monde de la culture et des médias écrits tarde à se concrétiser.

Les pertes des uns et les gains des autres

Éric Lord, directeur général de Culture Mauricie. L’organisme estime les pertes de revenus de l’industrie culturelle à plus de 6 millions de dollars dans la région pour la seule période du 12 mars au 10 juillet.

En effet, les 170 000 personnes qui œuvrent dans ces secteurs accumulent des manques à gagner de 200 millions de dollars depuis le début de la pandémie. Culture Mauricie estime les pertes à plus de 6 millions de dollars dans notre région pour la seule période du 12 mars au 10 juillet. À cela s’ajoute la généralisation de la gratuité des produits culturels en ligne (livres, films, concerts, etc.), qui constitue une grave entrave à la propriété intellectuelle selon l’ONU. Du côté des médias écrits, la pandémie les prive cruellement de revenus publicitaires, lesquels avaient déjà été amputés de moitié avec l’exode de la publicité vers Google et Facebook.

Pendant ce temps, les géants du numérique, qui diffusent des contenus culturels et de l’information journalistique, engrangent des revenus et des profits records. Depuis le confinement, les YouTube, Netflix et Amazon Prime Video de ce monde enregistrent une hausse de diffusion de 12 % des contenus culturels. Les chiffres d’affaires explosent : 26 % pour Amazon, 30 % pour Netflix, 18 % pour Facebook, 13 % pour Google et 33 % pour YouTube[1]. La bourse jubile, comme en témoigne la valeur financière des GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazone, Microsoft), qui atteint le montant record de 5000 milliards de dollars.

Depuis le confinement, les YouTube, Netflix et Amazon Prime Video de ce monde enregistrent une hausse de diffusion de 12 % des contenus culturels. Les chiffres d’affaires explosent : 26 % pour Amazon, 30 % pour Netflix, 18 % pour Facebook, 13 % pour Google et 33 % pour YouTube

Pour une justice fiscale

Devant l’urgence à laquelle sont confrontés le monde culturel et les médias, qu’attendent les gouvernements du Canada et du Québec pour imposer aux GAFAM une taxe spéciale sur leur chiffre d’affaires, laquelle pourrait être versée à titre de redevances aux créateurs de contenu culturel et médiatique ?

Déjà au banc des accusés pour leur stratégie agressive d’évitement fiscal, les dirigeants des GAFAM se sont montrés plutôt avares dans le combat contre le virus. Selon la fiscaliste Brigitte Alepin, ils ont versé en dons de bienfaisance à peine 0,06 % de leur fortune. Une goutte d’eau dans leur océan de centaines de milliards de dollars qui dorment dans des lieux sûrs et protégés, quelque part au large.

À l’instar des après-guerres mondiaux du siècle dernier, la guerre actuelle au virus doit être l’occasion de demander aux plus riches de renflouer les coffres de l’État. De plus en plus de voix s’élèvent pour imposer les multinationales à hauteur de 25 % de leurs profits. D’autres proposent une taxe de solidarité de 1 à 3 % sur la richesse des détenteurs de grandes fortunes. Considérant que le quintile supérieur (20 %) des ménages les plus riches au Canada possède la moitié du patrimoine financier au Canada, soit 3000 milliards de dollars, les taxer à seulement 2 % rapporterait 60 milliards au trésor public.

Le contexte actuel exige beaucoup plus que de la charité. En ce temps de pandémie, les paradis fiscaux et les pratiques d’évitement de l’impôt sont encore plus inacceptables. C’est pourquoi les gouvernements doivent refuser de renflouer les entreprises qui profitent des paradis fiscaux, lesquels privent le pays de 30 milliards de dollars chaque année. Le gouvernement canadien doit donc cesser de faire l’autruche et mettre fin aux ententes avec des paradis fiscaux qui visent l’élimination de la double imposition, une arnaque des temps modernes.

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[1] Gérard Bérubé, « L’arrogance des GAFA », Le Devoir, 2 mai 2020 (https://www.ledevoir.com/opinion/chroniques/578169/vos-finances-l-arrogance-boursiere-des-gafa).

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