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Réal Boisvert – Opinion – Décembre 2020 

La science, nous dit l’astrophysicien et philosophe Étienne Klein, est un corpus de connaissances qui offre des réponses probantes aux questions qui lui sont bien posées, cela en additionnant les faits plutôt qu’en multipliant les opinions. Certes la science évolue ; elle peut se tromper, mais cela n’empêche pas la vérité d’exister.

Ainsi on sait que la terre est ronde. Certains peuvent en douter, puisque le scepticisme peut nous conduire à douter de tout, y compris de l’existence de la terre elle-même. Une chose est cependant certaine : on ne pourra jamais démontrer par des arguments scientifiques que la terre est plate ou que la face cachée de la lune est un morceau de gruyère.

On sait que l’atome existe, que l’univers est en expansion et que les ondes gravitationnelles ne sont pas une vue de l’esprit. Personne ne conteste la découverte du Boson de Higgs, y compris les complotistes ou les climatosceptiques. Ces derniers comme beaucoup d’autres font néanmoins l’impasse, pour le dire avec les mots de Alain Deneault, sur « la pollution atmosphérique, la contamination des eaux, l’exploitation intensive des richesses naturelles, la surproduction de déchets, l’avancée des déserts, la disparition des forêts et l’extinction massive des espèces ». Tout ça probablement parce ce que ce sont là des vérités qui ne sont pas bonnes à entendre et qui, au quotidien, contrairement au Boson de Higgs, ont un impact immédiat sur nos vies. L’intelligence humaine possède cette formidable capacité de développer toutes sortes de stratégies intellectuelles pour ne pas croire ce que nous savons, insiste Étienne Klein.

Un exemple en passant. Les soubresauts de la météo, comme ce fut le cas au mois de mai dernier avec des températures anormalement froides, font les beaux jours des climatosceptiques. Une belle occasion, selon certains, pour se moquer du réchauffement terrestre. Eh bien, précise Étienne Klein, une valeur exceptionnelle observée à un moment donné à tel ou tel endroit du globe n’infère en rien la dynamique du réchauffement des température pas plus qu’un compte à découvert de quelques dizaines d’individus ne peut engendrer un crash boursier.

Cela étant, s’il y a un autre domaine où le fait de ne pas croire ce que nous savons est patent, c’est bien celui des individus en situation de pauvreté et en particulier ceux qui reçoivent l’aide de dernier recours.

Les données concernant les bénéficiaires de l’aide sociale sont omniprésentes dans l’espace public, surtout en cette période de l’année, si propice aux activités philanthropiques. Rares doivent donc être ceux et celles qui ignorent que les personnes inscrites à l’aide sociale ne reçoivent pas la moitié en prestation mensuelle que ce qu’il en coûte pour vivre décemment. Aucune voix ne conteste que les conditions de vie dans lesquelles ces personnes évoluent sont directement responsables de la disproportion des maux qui les affligent au plan de la santé physique, des problèmes sociaux ou de la santé mentale.

Et pourtant les préjugés qui les accablent sont parmi les plus tenaces et les plus fréquents qui soient selon une étude à paraître de la Chaire de recherche du Canada en éducation des médias et des droits humains. Ainsi, 49,1% des gens interrogés ont une opinion négative à l’égard des personnes assistées sociales.

Il faut admettre que le déni ne relève pas toujours de la mauvaise foi. Les problèmes auxquels nous faisons face sont d’une telle ampleur qu’il n’est pas surprenant qu’un fort sentiment d’impuissance s’empare d’une proportion importante de la population. Sans compter bien sûr qu’il peut arriver que plusieurs éprouvent de l’angoisse devant la catastrophe annoncée, se remettant spontanément à l’aveuglement volontaire pour chasser leur désarroi.

Il est cependant permis de penser qu’on ne viendra pas à bout de nos problèmes si on se contente d’avancer des arguments d’autorité et d’imposer des décisions auxquelles une majorité de citoyens n’adhèrent pas. Comme le signalait le professeur Martin Geoffroy récemment dans le Devoir, il y a certes un sérieux problème d’éducation scientifique et de littératie numérique au sein de la population. Mais il y a plus. Un système d’éducation nationale digne de ce nom serait incomplet si on s’en remettait essentiellement à l’enseignement de la physique des particules. Pour croire en ce que nous savons et pour changer radicalement nos modes de vie, il faut avant tout développer nos capacités de compréhension, de jugement et de discernement. Il faut également être au fait des rouages qui animent la pensée humaine, qui influencent les rapports sociaux et qui déterminent la vie collective. Voilà autant de dispositions que nous enseignent la philosophie, l’histoire, la littérature et la sociologie. Or, à l’instar de que l’on observe ici, en France ou ailleurs dans le monde, il semble que les sciences humaines et sociales sont de moins en moins en vogue.  L’engouement pour les domaines réservés à l’administration des affaires, à l’économie, à la finance et aux nouvelles technologies n’y serait pas étranger.

Voilà un trait de société qui, s’il allait toujours grandissant, risquerait de nous coûter cher !

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