Jean-Claude Landry Gazette de la MauricieJean-Claude Landry, février 2019

Dans notre économie, la croissance, disent les économistes, repose sur la progression des dépenses des ménages.  « Les consommateurs demeurent la pierre angulaire de la croissance » affirmait une note économique du Mouvement Desjardins au printemps 2017.

Or, les ménages ont de plus en plus de difficulté à assumer cette mission qu’on leur refile. Leur taux d’endettement atteint des niveaux préoccupants : 177% de leur revenu disponible selon les dernières données de Statistique Canada. Et une récente enquête en ligne révélait que près d’un Canadien sur deux (46%) se retrouve à 200 $ ou moins de l’insolvabilité financière à la fin du mois.

La santé des ménages est-elle conciliable avec celle de l’économie si celle-ci implique l’endettement de ceux-là?

Un sondage réalisé en mai 2003 par la firme Ipsos auprès de Canadiens de 20 à 69 ans révélait que 32% des personnes interrogées rencontraient des problèmes de sommeil en raison de leur niveau d’endettement. Quatre personnes sur dix constataient une incidence sur leur santé mentale. Les dettes des ménages ayant augmenté depuis, il serait étonnant d’en arriver aujourd’hui à d’autres résultats.

Le système économique actuel étant fondé sur une croissance sans fin, diverses stratégies ont été mises en place pour promouvoir la consommation, entre autres l ‘accès au crédit, l’obsolescence des produits et la création des besoins.

À la diversité des modalités de paiements et à la multiplication du nombre de versements pour l’achat d’un produit pouvant atteindre 50, 60 et 72 versements se sont ajoutées les offres alléchantes, parfois harcelantes, d’acquisition de cartes de crédit et la recherche de nouvelles clientèles, les jeunes notamment.

La fin de vie de certains produits est maintenant programmée dès sa production afin de pousser le consommateur à en faire l’achat à nouveau. Cette obsolescence programmée s’accompagne maintenant de l’obsolescence perçue. Un produit qui fonctionne encore bien devient, à grand renfort de publicité, un produit dépassé suite à l’apparition d’un nouveau modèle doté de quelques avancées techniques. Un phénomène observable particulièrement chez les produits électroniques.

Nous vivons dans un monde de sollicitation constante. Les publicités les plus imaginatives tentent de  nous convaincre que l’acquisition et l’accumulation de biens constituent des gages de succès, de prestige et de distinction participant ainsi à notre bonheur… individuel. En Amérique du Nord, le consommateur serait susceptible de voir entre 2500 et 3000 publicités chaque jour.

On prend aujourd’hui toute la mesure de l’impact sur la planète et sur les personnes d’une consommation que le crédit, l’obsolescence programmée et une publicité omniprésente tirent vers la surconsommation et l’hyperconsommation. Insatisfaction personnelle d’un nombre grandissant de personnes qui, tentant de suivre le rythme accéléré de l’offre, n’y arrivent plus. Tensions sociales en raison de la frustration et du mécontentement de ceux qui s’en trouvent exclus. Et au plan environnemental, épuisement des ressources naturelles, production massive de déchets et pollutions de toutes sortes.

De toute évidence, la croissance ne fait pas que des gagnants!

Dominic Champagne

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