Alex Dorval – International – mars 2021 

Promus par les autorités gouvernementales et les corporations de développement énergétique comme des chantiers de transition vers une énergie plus propre que le charbon, les imposants barrages hydroélectriques sur les rivières de l’Asie se multiplient depuis le début du siècle. Des experts ont toutefois établi ces dernières années que les tremblements de terre, les glissements de terrain, les sécheresses et les inondations sont fortement attribuables aux imposants réservoirs d’eau de ces barrages.

En novembre 2020, la Chine dévoilait officiellement son intention de mettre en branle le plus grand chantier hydroélectrique de l’histoire sur une partie du Brahmapoutre (Yarlung Tsanpo en tibétain). Le Brahmapoutre tire sa source à plus de 5500 mètres d’altitude dans les glaciers himalayens de la Région autonome du Tibet en République populaire de Chine. Il coule ensuite dans la province de l’Arunachal Pradesh au nord-est de l’Inde pour finalement se verser dans un effluent du Gange au Bangladesh.

Combattre l’eau par l’eau

Quelques semaines après la Chine, c’était au tour de l’Inde d’annoncer la construction d’un plant hydroélectrique sur le Brahmapoutre dans l’espoir d’atténuer les conséquences des activités chinoises sur la survie et l’économie de sa population. Les autorités indiennes craignent que la Chine utilise sa position en amont comme stratégie politique ou arme de guerre alors que les conflits de longue date entre les deux nations refont surface dans les dernières années aux frontières de l’Arunachal Pradesh.

Une crainte fondée puisqu’en 2017, la Chine avait refusé, malgré un accord entre les deux pays datant de 2002, de partager des informations relativement à la décharge d’eau dans 3 stations hydroélectriques.

La Chine entreprendra sur le Brahmapoutre le plus grand chantier de barrage hydroélectrique de l’histoire de l’humanité. L’intensification de projets hydroélectriques d’envergure soulève de vives inquiétudes au sein des pays de la péninsule indochinoise depuis plus d’une décennie alors que les inondations et séismes meurtriers se multiplient. 
– Ci-haut : le barrage Three Gorges construit sur la rivière Yangtze en République populaire de Chine. (Photo: Getty Images)

Sismicité induite

Au cours de la dernière décennie plusieurs géologues ont fait part de préoccupations majeures relativement au phénomène de « reservoir-induced-seismicity (RIS) », c’est-à-dire la sismicité induite par les réservoirs des barrages hydroélectriques. En période d’averses, les réservoirs sont remplis au maximum de leur capacité, l’eau s’infiltre dans les microfractures causées par des microséismes et le risque de séismes de plus grande importance s’accentue.

Une étude de 2011 de la China Earthquake Administration indiquait que l’imposant réservoir du barrage Three Gorges avait « collaboré de façon significative » à l’augmentation de l’activité sismique, entrainant du même coup des glissements de terrain forçant l’évacuation d’urgence de plus de 300 000 citoyen.nes sur le territoire avoisinant au barrage.

Le séisme de magnitude 7.9 sur l’échelle de Richter ayant fait plus de 90 000 morts dans la province chinoise du Sichuan en 2008 aurait vu sa force décuplée selon plusieurs scientifiques par les activités du barrage de Zipingpu, bâti en 2001 et en fonction depuis 2006.

En juillet 2020, Radio-Canada rapportait que des pluies torrentielles ont provoqué une série d’inondations touchant plus de 24 millions de Chinois.es. Ces débordements de plus en plus fréquents seraient accentués largement par la construction massive de barrages depuis les 20 dernières années. Une partie du barrage de Xiaolangdi a dû être dynamitée l’été dernier alors qu’une montée exceptionnelle des crues menaçait la vie de millions de Chinois.es.

Ailleurs sur la péninsule sino-indienne

Cette guerre de l’eau entre la Chine et l’Inde n’est pas sans conséquence pour les autres pays de la péninsule sino-indienne – le Bangladesh et le Laos notamment -, dont la position en aval les rend tributaires des activités des deux grandes puissances asiatiques.

En 2018 au Laos, un barrage en construction sur un affluent du Mékong a cédé. Plus de cinq milliards de mètres cubes d’eau ont inondé les villes et villages avoisinants entrainant la disparition d’une centaine de Laotien.nes et laissant plus de 6000 personnes sans domicile.

Au Bangladesh, dernier pays traversé par le Brahmapoutre où ce dernier rejoint les rivières Padma et Menghal avant de se jeter dans le Golfe du Bengale, la dépendance externe en ressources hydrauliques renouvelables se chiffre à plus de 90 % selon le Programme alimentaire mondial des Nations Unies. Sheik Rokon, Secrétaire-général de l’Environnement a revendiqué qu’une discussion multilatérale devrait être tenue avant que la Chine puisse aller de l’avant avec quelconque projet sur le Brahmapoutre.

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