Alex Dorval – Dossier COVID-19 : solidarité régionale – Avril 2020

« C’est pas évident de rester chez vous quand t’as pas de chez-vous », lance Philippe Malchelosse, directeur de Point de Rue. L’organisme offre des services d’aide aux personnes en situation d’exclusion sociale et d’itinérance sur les territoires de Trois-Rivières et de Nicolet-Yamaska.

La crise de la Covid-19 amène de fait un lot de défis aux travailleurs et travailleuses de rue. Dans ce genre de situation où on peut avoir de la difficulté à puiser de nouvelles sources d’énergie, les initiatives citoyennes semblent insuffler l’espoir et la motivation dont l’équipe d’intervention a besoin pour maintenir le moral et offrir un soutien de qualité aux gens de la rue.

Les règles de distanciation sociale et les recommandations de confinement des autorités ont rapidement mené la direction de Point de Rue à prendre la décision de suspendre les activités de soupe populaire. « Notre équipe de bénévoles a en moyenne 70 ans et il a fallu leur limiter l’accès et trouver des bénévoles plus jeunes puis se tourner vers un service de dépannage alimentaire », précise M. Malchelosse.

Des citoyens et entreprises ont répondu à l’appel de l’organisme Point de Rue et du clown humanitaire Guillaume Vermette, récemment intégré à l’équipe, qui demandaient aux restaurateurs de venir en aide pour alimenter les personnes en situation d’exclusion sociale et d’itinérance en ces temps durs. Crédits photo – Dominic Bérubé

Mobilisation citoyenne

Le Chef du Lupin, Fabien Mercure. Crédits photo – Dominic Bér

Alors que le milieu de la restauration indépendante vit aussi de son côté de grandes incertitudes, l’équipe du restaurant Le Lupin au centre-ville de Trois-Rivières a répondu à l’appel et offre depuis le début de la crise, des repas préparés par leur équipe de cuisine. Les mets étaient d’abord concoctés à partir des réserves de la chambre froide, puis ensuite à partir d’aliments achetés par Point de Rue et Le Havre, centre d’hébergement d’urgence pour les personnes en situation d’itinérance, où la brigade du Lupin cuisine également tous les mardis. Le Chef Fabien Mercure estime actuellement que les quatre cuisiniers ont remis plus de 900 plats et desserts aux organismes. « Selon ce qu’on reçoit, on fait des parmentiers, des pâtes, des sautés, on a même fait des quatre-quarts à l’orange » indique le Chef de l‘établissement.

Un groupe de résidents de la rue Haut-Boc où habite Thibault Finet, travailleur de rue chez Point de Rue, s’est également mobilisé pour cuisiner des plats à partir d’aliments offerts par les propriétaires du Supermarché IGA Jean XXIII. « On vient de passer le cap des 1000 repas en moins d’un mois », affirme Renaud De Repentigny, résident impliqué dans cet élan de solidarité communautaire. « On remplit les contenants d’aluminium à ras bord. On nous a dit que c’est parfois le seul repas qu’ils ont dans la journée. »

Puisque les centres d’accueil sont fermés, les membres de l’équipe de Point de Rue font la livraison directement auprès de la population itinérante. Cette rencontre sert aussi d’occasion aux intervenant.es pour échanger avec les itinérant.es et ainsi s’assurer que l’organisme puisse offrir du soutien psychologique et faire appel à du soutien médical au besoin.

Les bouchées doubles

En plus de la difficulté à bien s’alimenter trois fois par jour, les personnes en situation d’itinérance peuvent se retrouver selon leur prédisposition avec des problèmes de santé de tout genre. « Il y a des cas de comorbidité, troubles de santé mentale et toxicomanie viennent souvent de pair », soulève Philippe Malchelosse. Il y a aussi, soutient-il, « plus de gens à risque de se retrouver sans logement ».

« Dans une période de crise comme celle-là, le travailleur social répond à l’appel, il trouve un sens dans son travail. » – Philippe Malchelosse, directeur général chez Point de Rue

Prendre une marche et avoir une discussion de balcon peut se révéler plus ardu étant donné les règles de distanciation. L’équipe d’intervention a donc dû se tourner vers les réseaux sociaux pour offrir des services d’aide psycho-sociale à certains client.es. Trois travailleuses ont maintenant un compte Facebook professionnel pour entrer en échange avec les gens de la rue, pour qui la situation se vit comme une double-solitude. Gare aux préjugés! « Il peut être surprenant pour plusieurs qu’un itinérant puisse avoir un cellulaire, mais il est rendu très facile d’en obtenir un, et pas besoin d’avoir un compte activé pour se connecter à des zones de Wi-Fi publiques », prévient M. Malchelosse.

Une population sensible

L’intervenant déboulonne également le mythe selon lequel les itinérant.es seraient hostiles aux autres personnes et au discours social. « La population itinérante est très sensible à la crise et aux mesures sanitaires. C’est une vieille perception de penser que les gens de la rue se foutent de la société. C’est pas parce que tu vis des malheurs que tu en souhaites aux autres ». Cette solidarité parait également se refléter au sein de la population en générale :

« C’est la première fois en 25 ans où je vois une si grande sensibilité pour les gens de la rue » – Philippe Malchelosse, directeur général chez Point de Rue

Bien que l’organisme ait dû annuler une campagne de financement majeure dont l’objectif était de lever pas moins de 90 000 $, le directeur rassure que le financement annuel à la mission venait tout juste d’être versé et que les fonds ne manquent pas, du moins, pour l’instant. Ce dernier se dit confiant pour la suite des choses. « On va s’asseoir avec le gouvernement et les organismes de soutien au sortir de la crise. On a déjà été interpellé par Centraide Mauricie qui prenait le pouls de notre situation, et jusqu’à maintenant le travail du ministre Jean Boulet est apprécié, j’ai confiance qu’il sera là pour nous », conclut le directeur général de Point de Rue.

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