Le dossier Conciliation travail – proche aidance est rendu possible grâce au soutien financier de l’Appui pour les proches aidants d’aînés Mauricie.

Par Florie Dumas-Kemp, novembre 2017

Épuisement, isolement, stress, double charge et travail non rémunéré : la réalité des personnes proches aidantes n’est pas simple. C’est d’autant plus un casse-tête pour celles qui occupent un emploi salarié en plus de leur rôle d’aidant, soit 57 % de celles qui aident des personnes aînées. En outre, la majorité de ces proches aidants n’ont pas accès à des horaires flexibles qui pourraient les aider à mieux concilier leurs deux rôles. À l’occasion de la semaine nationale des proches aidants, nous nous demandons ce qu’il en est de la conciliation entre le travail salarié et le travail bénévole. Nous en avons discuté avec Michaël Lépine, chargé de projet en conciliation travail-vie personnelle au sein de la Chambre de commerce et d’industrie de Trois-Rivières.


D’abord, l’appellation conciliation travail-vie personnelle plutôt que travail-famille est significative. Elle permet d’inclure d’autres réalités que celle de parent d’enfants en bas âge. Le terme, plus général, prend en compte les employés qui ont « le rôle de proche aidant à jouer », comme le souligne monsieur Lépine.

Cependant, même si le terme se veut plus inclusif, la réalité demeure qu’une grande partie des personnes proches aidantes ne se reconnaissent pas comme telles. Malgré la sensibilisation importante qui a été faite au cours des dernières années, le terme proche aidant reste « inconnu pour beaucoup d’entre eux », nous dit monsieur Lépine. De plus, ce rôle est souvent vu comme « naturel » et non comme un travail en soi, puisque l’aidant prend soin d’une personne de son entourage immédiat. Ainsi, les proches aidants ne font pas appel aux ressources existantes et n’ont pas tendance à informer leurs employeurs de leur situation particulière.

Proche aidante
Sylvie Thiffault est coiffeuse à temps plein tout en étant proche aidante de son père, de sa mère et de son fils.

Selon monsieur Lépine, les personnes proches aidantes n’informent pas leurs patrons par peur « de perdre leur emploi, […] de se faire juger ». Leur situation restant inconnue et leurs tâches d’aidants ne diminuant pas, elles font face à l’épuisement et affichent de plus haut taux d’absentéisme. Cette accumulation de responsabilités peut les mener à une cessation d’emploi soudaine ou encore à vivre un congédiement parce qu’elles sont perçues comme moins productives.

Du côté des employeurs, la conscience de cet enjeu serait de plus en plus grande, mais il n’existe généralement pas de politiques concrètes au sein des entreprises : « C’est souvent géré cas par cas […] et basé sur la relation de confiance employeur-employé », affirme le chargé de projet. Pour sortir des mesures informelles, Michaël Lépine cherche à accompagner les entreprises dans l’adoption de politiques écrites qui permettraient de mieux accommoder les proches aidants, comme une flexibilité de l’horaire, la possibilité de télétravail, etc.

En somme, la conciliation des rôles de travailleur et de proche aidant n’est pas encore facile ni même possible. Sans compter que les travailleurs aidants n’ont pas les meilleures protections en ce qui concerne les normes du travail. Par exemple, la loi prévoit un congé de 10 jours — sans rémunération — pour responsabilités familiales. Toutefois, les proches aidants ne savent pas nécessairement que cela correspond à leur situation. De plus, ce congé est souvent jugé insuffisant par les organismes de soutien aux proches aidants. Bref, sans un employeur compréhensif ou qui implante une politique interne adaptée, les conditions de travail des personnes proches aidantes occupant un emploi salarié demeurent précaires.

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