Alain DumasAlain Dumas – Économiste – Décembre 2020

Comment régler la facture Covid-19 ?

Depuis le début de la pandémie, les gouvernements ont emprunté des sommes colossales afin de venir en aide à la population et éviter l’effondrement de l’économie. À ce jour, les sommes empruntées par les États de la planète avoisinent les 12 000 milliards $, soit l’équivalent de 14 % du PIB mondial. Au Canada, les sommes empruntées atteignent 400 milliards $ (18,2 % du PIB). Compte tenu de la durée de la pandémie, le Directeur du budget fédéral prévoit des emprunts supplémentaires de 200 milliards $ d’ici 2025. Vu l’ampleur de l’endettement, plusieurs se demandent comment allons-nous régler la facture Covid-19 ?

Même si le déficit actuel atteint un record, la dette publique canadienne, qui représente 47,9 % du PIB, est de loin inférieure à celle du G7 (101 %) et de la moyenne mondiale (101,5 %), ou encore à l’endettement canadien au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale (110 %).

Les injections des banques centrales

À la différence des déficits qui sont financés en temps normal par la finance privée (banques, assureurs, fonds de retraite), l’endettement actuel est largement assumé par les banques centrales. Ces dernières recourent à une technique appelée assouplissement quantitatif, qui consiste à augmenter la liquidité sur les marchés financiers et faire diminuer les taux d’intérêt. Cette politique a été largement utilisée par les banques centrales depuis la crise financière de 2008, à l’exception de la Banque du Canada qui l’applique cette fois-ci.

Cette technique consiste à créer de la monnaie en achetant des bons du Trésor et des obligations du gouvernement. Cela est possible, étant donné que la Banque du Canada est une société d’État du gouvernement canadien. Concrètement, elle écrit (ou dépose) les montants prêtés dans le compte du gouvernement à la Banque centrale, ce qui met à sa disposition les sommes nécessaires pour effectuer des dépenses comme la PCU ou la subvention salariale aux employeurs.

Depuis le début de la pandémie, la Banque du Canada a ainsi acheté au gouvernement 263 milliards $ de bons et d’obligations, en plus de racheter 128 milliards $ d’obligations aux financiers privés. Notons qu’à l’échelle mondiale, les banques centrales ont injecté à ce jour plus de 20 000 milliards $.

Si la création monétaire a permis d’éviter la dépression économique, un nouveau pacte fiscal canadien doit être envisagé afin de favoriser la relance pour tous et toutes, celle-ci étant sociale et écologique.

Quelle est la limite de cette politique ?

Pour la banque centrale, il n’existe pas de limite pour acquérir des bons et des obligations du gouvernement. La loi sur la Banque du Canada stipule qu’elle peut en acheter et en vendre et qu’elle a le pouvoir de recevoir les dépôts du gouvernement.

Cependant, si cet activisme monétaire facilite le financement de la dette publique, il a un effet pervers sur la répartition de la richesse. Étant donné la disponibilité accrue de la monnaie et les coûts d’emprunt très bas, les riches financiers ont profité de cette masse monétaire pour l’investir sur les marchés boursiers et immobiliers, créant une explosion du prix des actions et de l’immobilier, dont celui des maisons. Ainsi, la hausse de 54 % de l’indice boursier S & P 500 depuis le creux de la pandémie profite essentiellement aux plus riches. À l’opposé, les moins nantis se retrouvent avec une épargne qui ne rapporte presque rien et des maisons dont les prix sont inabordables. Il va sans dire que cette euphorie boursière tranche radicalement avec le chômage réel encore très élevé et la hausse du taux de pauvreté.

Des alternatives à la seule création monétaire

Force est de constater que d’autres avenues doivent être envisagées pour rétablir l’équilibre socio-économique. Si la création monétaire a permis d’éviter la dépression économique, un nouveau pacte fiscal doit être envisagé afin de favoriser la relance pour tous et toutes, celle-ci étant sociale et écologique. Comme au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale, un effort exceptionnel doit être demandé aux mieux nantis afin de régler la facture Covid-19 et de redonner aux services publics (santé, éducation, etc.) leurs lettres de noblesse.

Des marges de manœuvre fiscales existent. Hormis la lutte contre l’évasion fiscale et l’évitement fiscal qui privent l’État de 50 milliards $ chaque année, les grandes entreprises devraient être mises à contribution en haussant leur taux d’imposition. Un impôt de guerre au Covid-19 de 2 % sur les grosses fortunes pourrait rapporter 60 milliards $. Enfin, un rapport de Corporate Knights évalue que le gouvernement canadien pourrait facilement récupérer 40 milliards $ en réformant seulement cinq des 170 allégements fiscaux prévus à la loi canadienne[1].

Reste la volonté politique pour y arriver.

Sources

[1]Building back better with a bold green recovery, Synthesis Report, June 2020, (https://www.corporateknights.com/reports/green-recovery/building-back-better-bold-green-recovery-synthesis-report-15934385/)

 

1 COMMENTAIRE

  1. J’avais écris un long commentaire et je l’ai perdu en cliquant sur Google. Je recommence donc. J’ai rarement eu l’occasion de lire un article sur l’économie aussi bien écrit et aussi bien documenté, félicitations. Je n’ai pas une telle qualité ni les connaissances en économie mais j’alimente tout de même mon site web dont l’adresse est:https://linfodette-du-canada.com/
    Je pense être en mesure de faire la différence entre l’accumulation de la dette nette et le rapport entre la dette et le PIB. Il n’est reste pas moins que d’être obliger de payer des milliards, que ce soit un ou plusieurs milliards aux oligarques banquiers alors que la BdC peut prêter au gouvernement fédéral sans charger d’intérêts me met très mal à l’aise.
    Qui plus est, j’en n’entends même pas parler des médis de masse. à la lueur des connaissances qui semblent vous animer et de mon site web mentionné ci-devant, vous devriez être en mesure de m’éclairer et d’éclairer vos lecteurs. Je reste suspendu à vos prochaines chroniques…
    Michel Brien, j’ai 80,ans, et suis à la retraite du Journal de Montréal, y ayant travaillé comme publiciste pendant 40 ans (la moitié de ma vie). Je suis aussi inscrit sur LinkedIn.
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