Alain Dumas, février 2016

Les inégalités économiques dans les pays riches ont augmenté de 10 % en moyenne entre 1980 et 2010. Le Canada et le Québec ne font pas bande à part. Comme le montre la figure 1, l’indice de Gini, qui mesure l’inégalité des revenus, ne cesse d’y augmenter depuis le début des années 1990.

Figure 1 : Hausse des inégalités au Québec et au Canada

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Source: Mario Jodoin, Le coefficient de Gini, Institut du Nouveau Monde, http://inm.qc.ca/blog/le-coefficient-de-gini/

Dans une étude récente qui arrive au même constat, le FMI (Fonds monétaire international) montre que la part des revenus accaparés par les 1 % les plus riches a retrouvé récemment le niveau extrême du début du siècle dernier (voir la figure 2).

Figure 2 : Évolution de la part des revenus des 1 % les plus riches, 1925-2012

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Source: FMI, Fiscal policy and income inequality, January 2014

Pourquoi les inégalités se creusent-elles?

La hausse des inégalités n’est pas un phénomène inéluctable, mais relève d’un choix politique qui a consisté à libéraliser l’économie, donc à affaiblir les mécanismes de redistribution de la richesse.

La mondialisation a eu des répercussions fondamentales sur la distribution des bénéfices de la croissance économique. Puisqu’elle a accru la concurrence entre les entreprises, ces dernières ont dû recourir aux marchés boursiers pour financer leur conquête de la planète. Or, les grands financiers (ou actionnaires) ont exigé en retour une part toujours plus grande des profits (sous forme de dividendes des actions), ce qui a poussé les entreprises à réduire encore plus leurs coûts de production et donc les salaires.

En conséquence, la mondialisation a eu pour effet de fragiliser les conditions de travail des travailleurs moins qualifiés, en les mettant en concurrence avec ceux des pays à bas salaire. Selon l’OCDE, plus de la moitié des emplois créés depuis 1995 sont des emplois précaires (temps partiel, contrat de courte durée, stagnation des salaires, etc.) et la majorité de ces emplois ne conduisent pas vers un emploi permanent.

C’est pourquoi on constate dans les pays industrialisés que les profits des entreprises et les profits financiers accaparent une plus grande part de la richesse créée (ou du PIB), et ce, au détriment des salaires qui voient leur part diminuer. D’où la montée des inégalités.

Au cours de la même période, les gouvernements ont assoupli les règles du marché du travail au moment même où le taux de syndicalisation diminuait, ce qui a eu comme effet de détériorer encore plus les conditions salariales. Parallèlement, ils ont procédé à des compressions des dépenses et durci les critères d’admissibilité à certains programmes sociaux comme l’assurance-emploi et l’aide sociale.

Les gouvernements ont aussi abaissé les taux d’imposition des hauts revenus et, par conséquent, réduit l’effet redistributif de l’impôt via les transferts sociaux. Les taux d’imposition des plus hauts revenus ont connu une baisse rapide dans tous les pays riches. Le taux maximum légal de l’impôt sur les tranches supérieures de revenus des individus est passé en moyenne de 66 % en 1981 à 43 % en 2013. Les autres formes d’impôt touchant les plus riches (gains en capital, dividendes) ont suivi la même tendance. Enfin, le taux d’imposition des grandes entreprises a lui aussi connu une baisse marquée, passant au Canada de 36 % à 15 % entre 1980 et 2013.

Des solutions qui ont fait leurs preuves dans le passé

Pour lutter contre les inégalités, des organisations économiques internationales (OCDE, FMI) suggèrent aux gouvernements de hausser les impôts des plus hauts revenus afin de mieux redistribuer la richesse. Selon l’OCDE : « Les gouvernements devraient ainsi repenser leur système fiscal afin de veiller à ce que les individus les plus aisés supportent une juste part de l’impôt ». Selon le FMI, la redistribution entraîne non seulement une réduction des inégalités, mais aussi « une croissance plus élevée et plus durable ».

 

 

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