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Jean-Claude Landry Gazette de la MauricieJean-Claude Landry, avril 2019

« Pour moi, le communautaire, on est des exécuteurs de services. On supplée à ce que l’État ne veut plus faire ». Ce constat, passablement sévère, fait par une dirigeante d’un organisme d’éducation populaire et d’alphabétisation, traduit une inquiétude grandissante au sein du mouvement communautaire. Comment, dans un contexte de partenariat avec l’État, préserver le caractère revendicateur de l’action communautaire?

De groupes populaires à organismes communautaires

Le mouvement communautaire a vécu d’importantes transformations au cours des cinq dernières décennies. Des groupes populaires issus de diverses revendications citoyennes se voient, dès le début des années 80, confrontés à l’exigence de répondre aux besoins immédiats des populations vulnérables frappées par une sévère crise économique.  À la revendication sociale s’ajoutera, chez plusieurs d’entre eux, une fonction « service », fonction qui occupera une place grandissante dans leur action. Nouveaux mandats, nouvelle appellation : de « groupes populaires » on passe progressivement à « organismes communautaires »

Une reconnaissance formelle…

Cette évolution amènera le gouvernement du Québec à reconnaître les organismes communautaires comme des partenaires des institutions du secteur public dans la Loi sur les services de santé et les services sociaux adoptée en 1991. En 2004 le gouvernement du Québec se dotera d’une politique de reconnaissance et de soutien de l’action communautaire intitulée L’action communautaire : une contribution essentielle à l’exercice de la citoyenneté et au développement social du Québec. Une politique qui s’actualisera par l’application de diverses dispositions administratives : cadres de financement, mécanismes de reddition de compte, ententes de services, protocoles de partenariat, etc. Une forme d’encadrement qui, aux dires de plusieurs acteurs du mouvement, s’est resserré au cours de l’actuelle décennie.

Moins cher que le réseau

Au sein du mouvement communautaire on s’interroge de plus en plus sur les visées gouvernementales et les conséquences d’un partenariat étroit avec les institutions publiques. À terme, les organismes seront-ils confinés à un rôle de sous-traitant permettant à l’État de pallier, dans un contexte d’austérité, à la réduction des services publics? Le journal Les Affaires titrait par ailleurs, le 28 octobre 2014, Québec examine la possibilité de sous-traiter des services publics. Le ministre des finances Carlos Leitão avait la veille candidement affirmé qu’« il y a énormément d’organismes communautaires qui peuvent livrer des services sociaux. Ça coûte moins cher que s’il s’agit du réseau [de la santé et des services sociaux] ».

Lire l’ensemble du dossier De patients à clients

Les préférences gouvernementales

Pas étonnant que les gouvernements préfèrent financer la prestation de services que la mobilisation sociale et l’éducation populaire.  À plus forte raison lorsque cette dernière vise à lutter contre des politiques nuisibles aux conditions de vie, d’une part, et de l’autre à revendiquer des mesures qui s’attaquent aux causes de la pauvreté et de l’exclusion (augmentation du salaire minimum, la bonification des prestations d’aide sociale, l’instauration d’une assurance-médicaments entièrement publique, etc.). Les groupes en défense des droits collectifs qui souffrent d’un sous-financement chronique en savent d’ailleurs quelque chose.

Au delà des services…

Alors que le financement étatique porte essentiellement sur la prestation de services et que se multiplient les protocoles de collaboration avec les institutions publiques, comment être porteur d’une mission de transformation sociale? La question, quoique très actuelle, n’est pas nouvelle. Lors d’un colloque organisé en 2009 sous le titre évocateur Quel avenir pour le communautaire? , Mme Lorraine Guay, figure emblématique du militantisme et du féminisme québécois, affirmait: « le service n’est pas « mauvais » en soi mais pour des organismes communautaires autonomes, le service n’a jamais été, n’est pas et ne sera jamais une fin en soi. Le service doit être vu comme processus de subjectivation, lieu de création du lien social, base de la transformation politique. Il doit être imprégné d’éducation populaire. »

Quoi faire pour maintenir la mission de transformation sociale? La réponse à cette question pourrait bien définir ce que sera le « communautaire » des années 2020.

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