Alain DumasAlain Dumas – décembre

Plus de 10 % des Québécois vivent dans la pauvreté, ce qui signifie qu’au-delà de 900 000 personnes n’ont pas les revenus suffisants pour combler leurs besoins de base, ni les moyens d’accéder à une autonomie économique et de participer à la vie en société. Si, à première vue, la pauvreté peut sembler coûter cher au gouvernement, des études montrent qu’il en coûte beaucoup moins cher d’éliminer cette forme d’indigence et d’exclusion sociale.

Les coûts de la pauvreté

En 2011, le Conseil national du bien-être social (CNBS) du Canada dressait un portrait global des coûts économiques liés à la pauvreté, en distinguant les coûts directs et indirects ainsi que les coûts pour la société. Les coûts directs comprennent les transferts sociaux (aide sociale, divers crédits d’impôt modulés selon le revenu de travail, etc.) et les services directs aux personnes pauvres. Les coûts indirects sont liés aux conséquences de la pauvreté tel le recours accru aux salles d’urgence, aux services de police, aux tribunaux, à l’orthopédagogie et à d’autres services spécialisés. Enfin, les coûts pour la société comprennent la perte de contribution potentielle à l’économie et les coûts de santé et de problèmes sociaux.

En effet, l’Organisation mondiale de la santé a montré que la pauvreté a des conséquences dramatiques sur la santé des enfants, et que cela explique le décrochage scolaire et toutes les difficultés socio-économiques qui s’ensuivent, comme celle de s’insérer dans la vie active du travail. Ainsi, les effets de la pauvreté sur la santé des enfants se répercutent tout au long de la vie. D’où le coût élevé de la pauvreté pour la société.

L’élimination de la pauvreté coûte moins cher que son maintien

Les recherches concluent qu’il est rentable d’établir une stratégie visant à éliminer la pauvreté, car les coûts économiques de la pauvreté sont supérieurs aux investissements nécessaires à son élimination. Le CNBS évalue que la pauvreté coûte annuellement 25 milliards de dollars au Canada, alors que son élimination exigerait un investissement de 12,3 milliards de dollars. Par exemple, il a été établi que les services rattachés à l’itinérance sont beaucoup plus coûteux que de fournir un logement social aux personnes concernées. Les mesures de réduction de la pauvreté sont donc rentables parce qu’elles ont des impacts positifs sur la productivité et les revenus fiscaux, tout en diminuant les coûts de la santé et des problèmes sociaux.

À l’échelle québécoise, le Centre d’étude sur la pauvreté et l’exclusion (CÉPE) estime que les coûts de la pauvreté varient entre 15 et 17 milliards de dollars par année. Encore une fois, il en coûterait beaucoup moins cher à la société québécoise de la combattre. C’est ce que révèle une étude de l’Institut de recherche en économie contemporaine (IREC), laquelle évalue qu’il en coûterait seulement trois milliards de dollars pour augmenter le revenu des ménages sans emploi pour qu’ils puissent combler 80 % de leurs besoins vitaux (selon la Mesure du panier de consommation), et 100 % des besoins vitaux pour les personnes travaillant 16 heures par semaine au salaire minimum.

Ainsi, contrairement aux idées reçues, il est possible d’éliminer la pauvreté à des coûts moindres que son maintien. Il suffit d’en avoir la volonté politique. Il ne fait donc aucun doute qu’investir aujourd’hui pour lutter contre la pauvreté et l’exclusion sociale amélioreront non seulement la cohésion sociale mais le bien-être de la population.

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