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Steven Roy Cullen – Culture – Décembre 2020

On reconnaît à l’art un pouvoir de rassembler les gens et de transcender les différences. On reconnaît aussi son pouvoir de dénoncer de manière pacifique les injustices du système comme le font certaines œuvres du projet Change le monde, une œuvre à la fois du Comité de Solidarité/Trois-Rivières. Mais qu’arrive-t-il quand les victimes des injustices racontent elles-mêmes leur réalité?

Regards sur l’imperceptible sera présentée au mois de décembre à l’Atelier Silex et exposera les œuvres photographiques d’une douzaine de personnes en situation de rupture sociale ou d’itinérance. Elle est le fruit de nombreux ateliers artistiques et culturels ayant eu lieu au cours des derniers mois au Centre Le Havre qui collabore avec l’organisme Des livres et des réfugié-e-s, porteur du projet.

Dans le cadre de Regards sur l’imperceptible, chaque personne participante disposait d’un appareil photo jetable pour prendre des images de sa réalité. Elle était ensuite conviée à un atelier hebdomadaire d’écriture, de poésie ou d’une autre forme d’expression artistique servant aussi de lieu de discussion sur les réalités photographiées.

 Contrer la stigmatisation

Regards sur l'imperceptible
Photo prise au Port de Trois-Rivières par Stéphane Lefebvre

« On ne veut pas faire le portrait des stéréotypes. […] On veut que les personnes qui sont ici montrent leur vie et ce qu’elles ont envie de montrer. Elles ont aussi et surtout des valeurs et une histoire à raconter », explique Zoé-Florence Julien, intervenante psychosociale dans la sphère occupationnelle au Centre Le Havre.

« Cet aspect d’autoreprésentation est fondamental dans le projet », souligne Adis Simidzija, concepteur de la démarche de médiation culturelle utilisée pour Regards sur l’imperceptible et fondateur de l’organisme et de la maison d’éditions Des livres et des réfugié-e-s. « Dans tout le langage de l’itinérance, il y a un changement sémantique à opérer. Ce sont des PERSONNES en SITUATION d’itinérance. Tant qu’on va porter la parole de ces personnes marginalisées, — qu’elles soient racisées, réfugiées ou en situation d’itinérance — je pense qu’on va passer à côté et le discours ne changera pas. »

Créer un rapport d’égal à égal

Le projet Regards sur l’imperceptible crée un espace favorable à l’échange en évacuant les rapports hiérarchiques. « C’est important de souligner qu’on a une relation d’égal à égal entre les participants, parce que nous sommes nous-mêmes [les intervenants] des participants », explique M. Simidzija, qui refuse de porter l’étiquette d’artiste accompagnateur.

Regards sur l'imperceptible
Adis Simidzija, fondateur de l’organisme et de la maison d’éditions Des livres et des réfugié-e-s et concepteur du projet Regards sur l’imperceptible, Stéphane Lefebvre, participant et Zoé-Florence Julien, intervenante psychosociale dans la sphère occupationnelle au Centre Le Havre. – Crédits: Dominic Bérubé

En adoptant une approche horizontale, les instigateurs du projet ont réussi à faire tomber les barrières et créer un environnement propice à l’ouverture de soi. À titre d’exemple, Regards sur l’imperceptible a permis à l’équipe d’intervention du Centre Le Havre d’entamer un véritable échange avec une des personnes participantes qui n’osait pas jusqu’alors révéler ses états d’âme. « Depuis qu’elle s’est impliquée dans le projet, tout a changé. […] Le rapport d’égal à égal fait en sorte que la personne ne se sent plus intimidée. Elle ne perçoit plus la structure institutionnalisée et s’ouvre sur sa vie personnelle », souligne Mme Julien.

Regards sur l'imperceptible photo participant
Crédits photo: participant au projet Regards sur l’imperceptible.

Favoriser le cheminement personnel

Selon l’organisme Culture pour tous, la médiation culturelle peut constituer un outil d’« inclusion sociale » en permettant d’« engager les individus dans un projet commun ». Regards sur l’imperceptible confirme ce pouvoir de l’art notamment dans le cas de Stéphane Lefebvre, une des personnes participantes.

« Je suis vraiment devenu une autre personne. J’ai découvert que j’avais une grande facilité à communiquer avec les gens. Je remonte le moral de pas mal de monde », se réjouit cet ancien agriculteur qui a récemment « tout perdu ». Regards sur l’imperceptible; en plus de l’aider à raconter sa réalité le projet lui a permis d’entrevoir un avenir lumineux. « J’ai découvert que j’aimais bien la photographie au point où j’aimerais peut-être en vivre un jour. »

Regards sur l’imperceptible est financé par Culture 3R grâce à l’entente de développement culturel du ministère de la Culture et des Communications du Québec et soutenu par l’Atelier Silex.

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