Real Boisvert Gazette de la MauricieRéal Boisvert, octobre 2018

 

Le Devoir nous informait récemment de la hausse constante des cas de maltraitance signalés à la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ). Pour l’ensemble du Québec la dernière augmentation a fait un bond de 5,8 % en comparaison des taux observés en 2016-2017. Dans la foulée, ici en Mauricie et au Centre-du-Québec, on attendait toujours les conclusions d’une enquête de la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse visant à faire la lumière sur les services offerts aux enfants placés en famille d’accueil. Et tout récemment, la DPJ de la région était accusée de négligence institutionnelle par la juge Marie-Josée Ménard concernant des enfants laissés malgré eux dans une famille dite dysfonctionnelle et toxique.

C’est dire à quel point on avait hâte de prendre connaissance du bilan du nouveau directeur de la DPJ de la Mauricie et du Centre-du-Québec, Pierre Levasseur. On en retient notamment qu’il a rendu hommage aux intervenants d’ici qui, dit-il, accomplissent jour après jour de petits miracles auprès des jeunes. Quant au cas de négligence institutionnelle dont la DPJ est accusée, il s’agirait selon lui d’une situation qui serait passée entre les mailles du filet… Un peu court tout ça, non?

Un mot d’abord sur les intervenants. Oui ils accomplissent des miracles. Mais à quel prix, pourrait-on se demander. Car les professionnels de la DPJ n’évoluent pas dans un monde ordinaire. Ils sont les témoins au quotidien de la violence et des séquelles engendrées par les abus, par la négligence, par la détresse humaine et sociale. Ils côtoient à la journée longue une souffrance humaine engendrée en grande partie par la pauvreté, un phénomène sur lequel ils n’ont pas d’emprise. On pourrait même avancer qu’ils sont trop souvent lancés au combat avec des moyens qui les vouent à l’échec. On ne s’étonnera donc pas du fait que, selon les données les plus récentes,  les cas d’épuisement professionnel soient à la hausse. Cela étant, pourrait-on faire en sorte que la charge de travail des intervenants en protection de la jeunesse ne relève pas de la cour des miracles mais d’une logique organisationnelle appuyée par des ressources adéquates et un fonctionnement efficient?

Petit retour maintenant sur les mailles du filet de la protection jeunesse. Comment ne pas se rappeler que les DPJ ont subi des compressions de 20 millions $ en 2014-2015 et cela en dépit de l’augmentation des cas de signalements. Cette mesure n’a rien pour resserrer les mailles du filet, laissant filer non pas un cas par-ci par-là mais échappant probablement des dizaines de jeunes et n’arrivant pas à fournir tous les services nécessaires à des centaines d’autres.

Dans ce contexte, il n’est pas trop tôt pour interpeler vivement la nouvelle députée de Champlain, Sonia Lebel, qui s’est permis quelques sorties bien appuyées contre la DPJ de la région durant la campagne électorale. Elle serait bien avisée d’informer le Premier ministre que la priorité du gouvernement ne devrait pas être de baisser les impôts – ce qui ne donne pas une « cenne » de plus aux plus démunis – mais bien d’augmenter les budgets destinés à la prévention en matière de protection de la jeunesse tout en mettant en place des politiques publiques résolument destinées à lutter contre la pauvreté et à réduire les inégalités socio-économiques.

1 COMMENTAIRE

  1. Bien dit encore une fois monsieur Boisvert. Pour avoir œuvré dans ce centre jeunesse au début de ma carrière, je vous confirme qu’il est sous financé chroniquement.

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