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Valerie Delage Gazette de la MauricieValérie Delage – Chronique Environnement – Septembre 2020

Cet été, il y a eu un engouement exceptionnel pour les activités de plein air en nature. La vente de matériel de camping, de randonnée et de véhicules récréatifs a explosé. Impossible de trouver une place  libre pour camper dans un parc naturel. Les Québécois.es, cantonnés ici, ont ainsi pu découvrir ou redécouvrir les trésors dont regorge notre belle nature. Partant du principe qu’on protège généralement ce qu’on aime, on ne peut à priori que s’en réjouir.

Il plane toutefois une inquiétude : nos parcs nationaux sont-ils en mesure d’absorber une telle fréquentation sans qu’il y ait de conséquences sur l’écosystème ? Le Québec compte 10 % d’aires protégées, c’est peu. En comparaison, la moyenne mondiale est de 15% tandis qu’un pays comme l’Allemagne protège 40% de son territoire. Non seulement la proportion de notre espace vouée à la conservation est faible, mais, dans la logique marchande de notre société capitaliste, on assiste ces dernières années à une tendance à considérer les parcs comme une source de profits. Tous les efforts sont déployés pour attirer de nouveaux visiteurs, que ce soit des installations « prêt-à-camper », des animations familiales ou encore l’accueil des chiens. Le but presque avoué est d’attirer du monde pour rentabiliser ces installations. On investit dans « l’expérience client » comme le mentionne la SÉPAQ dans ses rapports annuels. Si encore lesdits clients étaient les habitants permanents des parcs !

Quels sont les contrecoups de toute cette pression humaine sur la faune et la flore ? Dur à dire. Il apparaît toutefois évident que les motos qui traversent le parc de la Mauricie à grand coup de pétarade, les bateaux à moteur qui sillonnent abondamment les canaux du parc des îles de Boucherville ou la plage animée tel un Club Med du parc Frontenac perturbent la nature. Combien de personnes m’ont mentionné ce printemps n’avoir jamais entendu ni vu autant d’oiseaux en ville grâce au confinement ? La preuve que la quiétude redonne vie et confiance à la faune. Tout ce brouhaha et cette agitation ne sont certainement pas sans effets. Sans compter les déchets négligemment abandonnés, les restes de table jetés aux animaux de moins en moins sauvages, presque comme dans un zoo.

L’achalandage sans précédent observé cette année dans les parcs nature comme le Parc National de la Mauricie met une pression tout aussi sans précédent sur les écosystèmes. – Crédits photo: Dominic Bérubé

Rendre accessible au plus grand nombre notre belle diversité écologique est certes un très bon moyen de susciter un engouement pour sa conservation. Mais justement, l’aspect conservation devrait en être la priorité. Et pour ça, elle devrait surtout s’accompagner d’activités d’éducation beaucoup plus substantielles. Les gens qui ne respectent pas la nature sont souvent mal informés plutôt que mal intentionnés. Par exemple, il est tentant de lancer du pain aux canards qui s’approchent. Toutefois, prendre le temps d’expliquer aux gens comment cette activité nuit à la faune sauvage, voire à la qualité de l’eau, suffit généralement à faire cesser ce comportement. Récemment, deux personnes différentes de mon entourage m’ont remerciée de les avoir informés du stress généré chez les oiseaux quand on tente d’imiter leur chant. Ceux-ci pensent alors qu’un intrus s’est introduit dans leur territoire et qu’ils doivent le défendre, redoublant d’ardeur pour défendre leur fief. Avec les meilleures intentions,  ces personnes amoureuses de la nature pensaient juste pouvoir établir un dialogue avec les oiseaux.

Les orientations prises dans les parcs, tant au Québec qu’au Canada, ne semblent toutefois pas se porter vers l’éducation à la population. Dans notre société où chaque richesse est vue en signe de $, il faut s’en inquiéter. Les parcs naturels devraient en tout premier lieu garder leur vocation d’aires protégées et de lieu d’éducation. De nombreux autres espaces sont déjà dédiés aux loisirs plus bruyants. Peut-on imaginer que chaque personne qui entre dans un lieu voué à la conservation de la nature ait reçu un minimum de formation sur le savoir-être pour minimaliser son empreinte et respecter ces sanctuaires vivants ?

Il est urgent, non seulement d’augmenter la quantité d’aires protégées, mais aussi les activités d’éducation et de sensibilisation dans les parcs naturels pour faire profiter un maximum de gens de ces joyaux tout en apprenant à les respecter. Il en va de notre héritage commun et de notre plus grande richesse.

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