Agathe Gentili – Dossier spécial: Se refaire une santé – mai 2020

La pandémie a révélé la situation inquiétante des centres de soins dans lesquels se trouvent nombre d’aînés en perte d’autonomie. Cette situation était déjà connue et dénoncée depuis plusieurs années en particulier par les travailleurs de ces centres, mais leur vulnérabilité particulière à la COVID-19 a rendu le sous-financement des centres flagrant.

Un âgisme institutionnel

Si pour le sociologue français Pierre Bourdieu, « la jeunesse n’est qu’un mot », vieillir signifie souvent pour plusieurs d’être mis à l’écart de notre société. La division entre la population active et la population passive se fait selon l’activité professionnelle. Une personne occupée ou active est à l’emploi, en recherche d’emploi ou exploite une entreprise. Les retraités, comme les enfants, appartiennent donc à la population inactive.

Le système économique actuel conduit le gouvernement, qui n’a plus les moyens financiers de prendre soin de la population en entier, à choisir les groupes les plus rentables. Une personne âgée, même si elle a contribué toute sa vie à la société, ne contribue plus autant qu’un jeune ou un adulte d’âge mûr. La population est divisée en catégories basées sur l’âge et des discriminations en raison de l’âge naissent de cette division.

L’âgisme touche davantage les personnes aînées que les autres catégories de la population, et cette discrimination est tant individuelle qu’institutionnelle. En effet, le désengagement de l’État des établissements de soins pour personnes âgées au profit du secteur privé et des proches-aidants, constituent une forme d’âgisme institutionnel. Les soins palliatifs et les centres de soins de longue durée ont été fondés pour accompagner les personnes mourantes avec dignité, mais leur manque de financement rend cette tâche impossible.

Repenser les rapports de génération

Les liens intergénérationnels doivent être repensés. Dissimuler les personnes vieillissantes dans des établissements de soin n’est pas une solution viable, surtout avec un vieillissement général de la population. Il est important de reconnaître davantage la participation des personnes âgées, de les faire sortir de l’espace privé dans lequel elles sont confinées. Ce sont des bénévoles, des militants associatifs, des citoyens d’expérience dont la sagesse est précieuse. Le centre communautaire de Waterville en Estrie a démarré un programme de correspondance entre des aînés confinés et des enfants. Cet échange sur la façon de vivre le confinement permet aux uns et aux autres de devenir davantage acteurs de leur situation.

Il paraissait impossible il y a quelques mois seulement de fermer les cafés, les bars, les restaurants, les marchés, les salles de spectacles, d’arrêter l’économie, et pourtant… Il est donc possible de rétablir un modèle de soin plus collaboratif, qui valorise la qualité et non la quantité. En 2008, un plan économique avait été mis sur pied rapidement pour fournir une aide considérable aux banques en difficulté. La réforme des centres de soins de longue durée pourrait bénéficier d’un fond du même type en temps de crise sanitaire. Les conditions de travail et la rémunération des préposés aux bénéficiaires méritent d’être revues, le statut des aînés également. Tout comme il n’y a pas un jeune ou un adulte, il n’y a pas un aîné, mais une multitude d’individus.

La réforme de la maison des aînés

Le gouvernement annonçait fin 2019 la création des « maisons des aînés » et des « maisons alternatives » permettant une prise en charge des personnes âgées ou en perte d’autonomie au sein de petits groupes (12 chambres maximum. Ces hébergements alternatifs sont complémentaires aux centres de soin de longue durée. Leur aspect architectural proche d’une habitation fait oublier le caractère hospitalier. Toutefois, ce projet n’encourage ni ne finance le maintien à domicile des aînés. La prise en charge passe encore par un hébergement en centre de soin. Pourtant, le regroupement des personnes âgées au même endroit constitue un facteur aggravant de vulnérabilité à la COVID-19.

Une commission présidée par Michel Clair en 2000, formulait dans son rapport 39 recommandations pour réformer les services de santé et de services sociaux face au vieillissement de la population. Une « assurance autonomie », sur le modèle des assurance-santé et assurance-médicaments était imaginée. La commission redoutait le manque d’alternative que constituent les centres de soin de longue durée et la prévention était au cœur du rapport.

« Vieillir en beauté, c’est vieillir avec son cœur ;

Sans remord, sans regret, sans regarder l’heure ;

Aller de l’avant, arrêter d’avoir peur ;

Car, à chaque âge se rattache un bonheur. »

Ghyslaine Delisle

Sources :

 

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