Soraya Kettani – Opinion – juillet 2021

Les gouvernements fédéral et provincial avancent dans l’histoire et défendent leurs territoires respectifs, à armes égales, pendant que bien loin derrière eux, les Premières Nations restent encore démunies quant à leurs moyens face aux injustices du passé. Pourtant, la place dans l’histoire de ces dernières est majeure et non négociable, et le 1er  juillet est à chaque fois l’occasion de s’en rappeler. Cette année même, les commémorations autour de cette date ont été bien amères.

Crédits : Dave Chan / AFP via Getty Images

Pour comprendre cette distance de moyens d’un bord à l’autre et l’absence d’égalité de pouvoirs que nous venons de citer, revenons ainsi sur quelques dates. Nous n’aurons d’ailleurs besoin que de nommer les quelques événements politiques qui ont précédé le 1er  juillet. Cela nous permettra de voir le sillon qui sépare les gouvernants du Canada des autochtones, puis d’expliquer la manière dont les deux paliers de gouvernement discutent de leur avenir en toute égalité de position, alors que la dépossession de moyens dont souffre encore grandement les communautés de peuples autochtones reste toujours une réalité.

Le 13 mai dernier, le premier ministre, M. François Legault, et M. Simon Jolin-Barrette, ministre de la Justice et procureur général du Québec, et ministre responsable de la langue française, présentent le projet de loi numéro 96, rattaché à l’emploi de la langue française comme langue officielle et commune du Québec. Ce projet de loi vient modifier la Charte de la langue française adoptée en 1977, et stimuler l’ambition de relancer la vitalité du Québec. Cette mouture soutient entre autres, que le français, seule langue officielle et commune du Québec, consacre l’exemplarité de l’État dans l’usage qu’il fait du français, protège le droit de travailler en français, place le français au cœur des institutions québécoises, et permet la réalisation d’un État national. Le Québec reprend confiance. « La défense du français, c’est essentiel pour la survie, puis le développement de notre nation », peut-on entendre derrière cette aspiration, qui semble annoncer le ton d’une revanche historique, consacrée par la mobilisation de près de 104 millions en mesures budgétaires.

Le 15 juin 2021, la ministre Mélanie Joly dépose le projet de loi C-32, en lien avec la modernisation de la loi sur les langues officielles. Un projet qui ne fait pas l’unanimité, comme cela pouvait être attendu. Pourtant, selon l’analyse experte d’un certain nombre de juristes, le projet de loi en question est d’une portée intégratrice très intéressante. Entre autres avantages substantiels, il pose le bilinguisme comme règle de conduite à l’adresse des juges de la Cour suprême du Canada, et suggère l’adoption d’une politique prolixe en matière d’immigration francophone. En outre, ce projet de loi formule l’intention de favoriser la collaboration avec les gouvernements provinciaux et territoriaux, et intègre la question de la revitalisation et du raffermissement des langues autochtones.

Ces négociations se sont tenues à la veille du 154ème anniversaire de commémoration de la confédération canadienne, devant consacrer l’unité de la nation. Elles se sont tenues alors que se révèle au grand jour la découverte glaçante des restes de 215 enfants autochtones dans une fosse commune du site de l’ancien pensionnat de Kamloops, de 751 tombes anonymes sur le site de l’ancien pensionnat de Marieval, et de 82 dépouilles anonymes retrouvées le 30 juin sur un terrain proche de l’ancien pensionnat St. Eugene, près de Cranbrook.

Et c’est ainsi que le provincial réclame au fédéral la reconnaissance de ses principes et de ses valeurs, devenues avec le temps, essentiels à l’édification, au maintien et à l’unité de la fédération canadienne, dans un contexte où la langue française est en perte de vitesse. C’est ainsi que se donne à lire sur fond de cette négociation territoriale autour de la langue, les marques de revendications pour un nationalisme plus autonome.

Mais alors que les peuples autochtones réclament aussi de leur côté, avec autant de vigueur et de solennité, du respect envers leur mémoire et la réparation des fautes commises à leur endroit par le passé, ils n’ont cependant pas les mêmes privilèges de pouvoir autant négocier leur présent et leur avenir. C’est ainsi que les batailles ne peuvent pas se disputer à armes égales.

Certes, le Canada n’est pas le seul pays au monde qui continue à lutter pour faire face à ces injustices historiques. Seulement, la différence, grande, est que rares sont les pays comme le Canada qui se mesurent par la grandeur de ses valeurs, immenses pays dans l’immensité de son accueil et de sa tolérance. Et de cette grandeur, il aura pour tâche d’agir exemplairement devant de tels événements. 

Mais l’idée derrière cette réflexion ne s’arrête pas à cela. L’idée est de suggérer toute la vigilance que le Canada doit observer. Ayant opté pour des politiques d’immigration des plus dynamiques au monde, l’histoire du Canada continue à se construire dans le brassage des cultures. Nous pouvons noter tout autour de nous les expériences de pays ayant plus ou moins réussi, ou échoué, dans l’accueil de nouvelles populations issues de cultures très différentes.

Le point de rencontre dans l’histoire, à un moment donné, est toujours déterminant dans l’histoire à venir. Histoire à suivre.

 

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